Ce cher Żuławski, qui n’a jamais supporté qu’on considère Possession (1981) comme un film d’horreur, aurait probablement tout envoyé valser (ou se serait marré, qui sait ?) face à l’influence tardive et grandissante de son magnum opus. Du clip Voodoo in My Blood de Massive Attack (Ringan Ledwidge, 2016), en passant par Thirst (Park Chan-wook, 2009), La Malédiction : Les Origines (Arkasha Stevenson, 2024), Climax (Gaspar Noé, 2018), La Région sauvage (Amat Escalante, 2016)… jusqu’à l’annonce d’un remake américain signé Parker « Smile » Finn (à venir). Mais rien ne nous avait préparés à un remake indonésien balancé en scred sur Netflix !
Nous sommes bien en 2025 : tout arrive, surtout le pire. Avec Possession: Kerasukan, réalisé par Robby Ertanto, il ne s’agit pas d’une simple inspiration ou d’un semi-remake (comme pouvait l’être le film d’Amat Escalante), mais bien d’une relecture officielle. Réveillé à la fin des années 2000 et depuis encapsulé par Netflix, le cinéma d’horreur indonésien – mêlant hargne gore, folklore et influences (hélas) américaines – se prend souvent les pieds dans le tapis, bien que relativement productif. De là à faire ressurgir Zuzu du cercueil…
Dans des immeubles art déco bien loin du Berlin poisseux de l’original, on retrouve un couple en instance de divorce, l’enfant au milieu. Structure identique : le mari ne comprend pas le rejet de son épouse, enquête, la fait suivre, et découvre évidemment l’horrible vérité : Madame fricote avec un monstre. De la direction artistique (lumière vaporeuse, cadres trop soignés bien dans l’air du temps) à l’écriture pachydermique (le couple se rend au cinéma voir un film jaunâtre où un couple de frenchies causant anglais s’engueule sur un divan ?!), aucune trace, évidemment, du vieux cauchemar humide, imprévisible et berlinois de Żuławski. Tant mieux, dira-t-on, encore faut-il pouvoir s’accrocher à quelque chose…
Il serait laborieux de relever toutes les différences, comme ce vieux voisin venu prêter main-forte au mari déboussolé, mais une chose est sûre : rien ne fonctionne. Les lumières clignotent comme dans un train fantôme, la robe bleue est là, on s’engueule (gentiment), et tous les éléments parasites, symboliques ou audacieux qui faisaient la sève du film de Zuzu ont disparu. La possession, ici, est littérale, jusqu’à un exorcisme (foireux) éclairé à la bougie. Une assistante sexy, remplaçant au pied levé le double aux yeux verts, hérite de la grande scène d’hystérie — ici découpée n’importe comment et balancée « histoire de ». Une pensée pour la comédienne qui a dû aller se taper la tête dans un parking souterrain pour dix secondes de secousses à l’écran…
Quant à la créature, oubliez l’entité lovecraftienne : on découvre, hébété, un corps monstrueux hurlant à tout va, enrubanné dans un linceul — en réalité un Pocong, figure du folklore local. On vous laisse imaginer la scène du coït… Insauvable, le film trouve pourtant l’énergie de se tirer une dernière balle dans le pied : une conclusion musicale (!) nous expliquant que les hommes et les femmes ont décidément bien du mal à se comprendre. C’était donc ça…



