Bonne et heureuse nouvelle : une rétrospective Nadav Lapid, cinéaste qui nous avait accordé une belle interview apaisée au dernier Festival de Cannes lors de la présentation de son Oui à la Quinzaine des cinéastes, aura lieu en la présence du cinéaste du 20 au 25 février à la Filmothèque du Quartier Latin (9 rue Champollion 75005, à Paris). Chaque séance (ses cinq longs-métrages et une carte blanche) sera accompagnée par le cinéaste et suivie d’une signature du livre Nadav Lapid – description d’un combat (Les Éditions de l’Œil). Son auteur dudit livre, Morgan Pokée, revient pour Chaos sur chaque long métrage de Lapid et explique pourquoi ils sont majeurs.

Le policier (2011)
« Lors de la présentation de son deuxième court-métrage, Road, en 2005 au Festival de Berlin, Nadav Lapid a l’occasion de visiter une exposition sur les aspects esthétiques de la terreur politique durant les actes du groupe Baader-Meinhof en Europe. Fasciné par les différents manifestes écrits par ses membres contre les injustices sociales de l’Allemagne des années 1970, le cinéaste israélien songe à la transposition possible de tels questionnements dans son pays en proie à des inégalités criantes. Dans Le Policier, premier long métrage présenté à Locarno en 2011, Nadav Lapid remet frontalement en question la pertinence du concept de « lutte interne » – concept qui se trouvait, par ailleurs, aller à l’encontre du plus profond tabou israélien, à savoir la cohésion nationale nécessaire et fondamentale entre les Israéliens contre l’ennemi extérieur désigné : le peuple palestinien. Le Policier peint déjà littéralement Israël en un organisme maladivement irréconciliable tout en sondant intimement le motif qui traversera les films de Lapid jusqu’à ce jour : « l’âme israélienne ». »

L’institutrice (2014)
« Centré sur la fascination, démesurément bienveillante, d’une institutrice pour le don inouï pour la poésie d’un de ses élèves de cinq ans, ce deuxième long-métrage, présenté à la Semaine de la Critique en 2014, voyait déjà Nadav Lapid rebattre les cartes de son parcours personnel pour mieux les plonger dans le grand bain du cinéma. Avant d’être cinéaste, Nadav Lapid a déjà connu plusieurs vies : il a été, tour à tour, poète – une centaine de poèmes composés entre l’âge de 4 et 7 ans, militaire travaillant dans le renseignement israélien, furtivement étudiant en philosophie et en Histoire à l’Université de Tel Aviv, puis journaliste sportif et culturel, avant d’entendre, tel Jeanne d’Arc, des voix lui intimant de quitter prestement Israël, ce pays « maudit et foutu » et d’atterrir en France, sans papier ni travail mais fasciné par Napoléon Bonaparte, Zinédine Zidane et Jean-Luc Godard. »

Synonymes (2019)
« En arrivant en France, Nadav Lapid y découvre le cinéma – et notamment la modernité européenne : la Nouvelle Vague, Rainer Werner Fassbinder, Chantal Akerman ou encore Pier Paolo Pasolini – grâce à la rencontre avec le dénommé Emile. Celui absent du moyen métrage La Petite Amie d’Emile, puis celui incarné par Quentin Dolmaire dans Synonymes, troisième long-métrage de Lapid auréolé de l’Ours d’or au Festival de Berlin en 2019, qui revient directement sur les années parisiennes du cinéaste. Suite à sa décision de ne plus jamais prononcer un mot d’hébreu, il y explore notamment son apprentissage obsessionnel de la langue française grâce à un Micro Robert de poche. Après des études de littérature à Paris 8 et échouant de peu au concours de La Fémis, Nadav Lapid décide de tourner le dos à la France et de rentrer en 2001 au pays suite à la proposition d’un éditeur israélien de publier son unique recueil de nouvelles intitulé Danse encore. »

Le genou d’Ahed (2021)
« « Tout ce que vous allez voir est vrai. Les événements ont eu lieu. Les personnages ont existé. Le côté répétitif vient de la vie. Faites juste attention au style » lance Y., l’alter ego de Nadav Lapid dans Le Genou d’Ahed, aux quelques spectateurs présents avant la projection de son film, dans une salle décrépite de la bibliothèque d’un village dépeuplé. Il faut toujours prendre au mot les personnages de Nadav Lapid, trouvant le carburant de ses fictions dans sa propre vie. Au printemps 2018, le cinéaste israélien avait effectivement été invité au cœur du désert infini de l’Arava afin de présenter L’Institutrice et avait été confronté à un formulaire qui l’oblige à approuver à l’avance les thèmes de la discussion avec le public — autrement dit, renoncer à toute critique politique, notamment envers le gouvernement israélien. Un adieu à son pays et à sa mère, en forme de refus catégorique : non. »

Oui (2025)
« Après l’enfant-poète de L’Institutrice, après le jeune homme tourbillonnant de Synonymes, après le cinéaste sans corps du Genou d’Ahed, l’alter ego de Lapid est désormais, dans Oui, un musicien de jazz précaire qui dit oui à une mission de la plus haute importance : mettre en musique un nouvel hymne israélien. Comment aujourd’hui continuer à être artiste face à l’horreur du présent ? Fausse question pour Y. qui prend à cœur son rôle de larbin prêt à toutes les soumissions, jusqu’à lécher littéralement les bottes des « piliers de la société ». Réelle interrogation pour Nadav Lapid qui filme son propre pays, responsable de l’anéantissement de Gaza et du génocide de sa population suite aux attaques meurtrières du 7 octobre. Tragédie musicale désespérée, Oui déploie une inventivité formelle démesurée confinant à la folie furieuse insensée. »
NADAV LAPID – DESCRIPTION D’UN COMBATLivre sous la direction de Morgan Pokée Préface de Juliette Binoche 12 x 19 cm / 352 pages Entretiens avec Nadav Lapid et ses collaborateurs, contributions d’Antoine Barraud, Radu Jude et Patricia Mazuy Richement illustré : photogrammes, photographies de tournage, scénarios… A retrouver ici |
NADAV LAPID – DESCRIPTION D’UN COMBAT


