« Lurker » de Alex Russell : portrait grinçant de « promance » contemporaine

D’emblée, ce premier long-métrage d’Alex Russell évoque un chapelet de productions récentes pareillement préoccupées par les relations parasociales – on pense notamment à Ingrid Goes West (Matt Spicer, 2017), à la déstabilisante série Swarm (Janine Nabers, Donald Glover, 2023), ou encore à Influencer (Kurtis David Harder, 2022), dérivé slasher assorti il y a peu d’une suite (Influencers, 2025). Pourtant, Lurker parvient à surprendre. C’est peut-être qu’avant de travailler à la production de The Bear (2022) et Acharnés (2023), Russell a été scénariste sur la série Dave (2020), qui traite des tribulations égomaniaques d’un rappeur émergeant : il a bien bûché son sujet, donc. Un sujet qu’il ne se contente pas de traiter comme un simple prétexte aux scénarii du fan psychopathe auxquels il donne régulièrement lieu.

Nos deux personnages se rencontrent un jour qu’Oliver, popstar Instagram locale, fait du shopping dans la boutique où travaille Matthew, jeune gars un peu désœuvré et tout à fait lambda, de ceux qui possèdent (et portent encore) un sac à dos Eastpak. Ce dernier, feignant de ne pas (re)connaître l’artiste, parvient par un habile tour de playlist à s’attirer ses bonnes grâces. Dès lors, Lurker prend le parti d’explorer la dynamique de ce duo central dans ce qu’elle a de plus réciproque : it takes two to tango. Et lorsqu’Oliver invite Matt à le rejoindre backstage après un concert, les présentations avec le crew prennent une tournure initiatique qui dit tout ce qu’il y a à savoir de cette curieuse chorégraphie. Théodore Pellerin (vu dans Nino) maîtrise parfaitement la partition, incarnant un Matt juste ce qu’il faut de corvéable et de désinvolte face à Archie Madekwe (vu dans Midsommar), tout aussi exemplaire dans son rôle de souverain impatient et versatile.

Le main character syndrome d’Oliver et l’empressement fébrile de son entourage taquinent les sommets cringe de l’impitoyable Sick of Myself (Kristoffer Borgli, 2022), avec lequel Lurker partage d’ailleurs l’esthétique intemporelle d’un support pellicule (35mm pour le premier, 16mm pour le second). Et si le film de Russell s’autorise à cheminer un temps sur les sentiers battus, c’est pour mieux s’en détourner dans son dernier tiers, offrant à ce portrait grinçant de promance contemporaine une conclusion pleine de panache.

1h 40min | Thriller
De Alex Russell | Par Alex Russell
Avec Théodore Pellerin, Archie Madekwe, Havana Rose Liu

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