Lorsque les plus grands champions de la Terre sont appelés à combattre les ennemis de l’Autre Monde, ils doivent découvrir leurs véritables pouvoirs pour sauver notre planète de l’annihilation totale. Mortal Kombat de Simon McQuoid est une nouvelle aventure cinématographique basée sur la franchise de jeu vidéo iconique. Mais qu’en a pensé notre journaliste Morgan Bizet en mode Christophe Lambert?

Près d’un quart de siècle après Mortal Kombat: Destruction Finale, l’adaptation cinématographique du jeu vidéo de combat le plus célèbre de l’histoire (avec Street Fighter) renaît de ses cendres, sous l’impulsion de Warner Bros. Disponible uniquement en VOD en France, alors que le film est sorti simultanément en salles et sur HBO Max aux Etats-Unis, c’est avec une certaine excitation qu’on accueillait ce Mortal Kombat nouvelle génération, fer de lance d’un regain d’intérêt du cinéma pour le jeu vidéo après plus d’une décennie de films de super héros. En attendant Resident Evil, Uncharted, Borderlands ou encore la série The Last of Us, l’inconnu Simon McQuoid, publicitaire, avait donc la lourde tâche de réconcilier fans de jeux vidéo et cinéphiles. Si le succès public est au rendez-vous, le film est hélas un échec artistique sur quasiment tous les poings… euh, points…

En dix ans, le cinéma d’action américain a connu des exemples d’œuvres au scénario certes inexistant, mais se révélant marquant grâce à une mise en scène inventive et virtuose, ou encore au charisme d’un acteur. Les deux Raid de Gareth Evans et les trois John Wick de Chad Stahelski ont prouvé que l’esprit des actionners eighties et nineties n’étaient pas complètement morts malgré la désertion d’Hollywood par les cinéastes Hongkongais, la déchéance de McTiernan et les changements de cap artistique de Kontchalovski et Cameron. Le film de Simon McQuoid fait toutefois illusion le temps d’une introduction longue de 10 minutes, située au japon féodal: reconstitution convaincante, jeu de lumière, tension palpable et combat au sabre gore façon chanbara bis à la Miike (revoyez Blade of the Immortal sur Netflix). Hiroyuki Sanada, l’acteur japonais le plus stylé du cinéma américain, et, entre autres, ex-gloire de la série San Ku Kaï, fait d’ailleurs office d’héros très charismatique. Sauf qu’il joue Hasashi Hanzo, a.k.a. Scorpion, et qu’il est rapidement tué, avant de réapparaitre en bout de film, masqué.

Au lieu de ça, Mortal Kombat aligne une galerie de quidams inintéressants au milieu de guest asiatiques de prestige – Tadanobu Asano (Raiden), Joe Taslim (Sub Zero), Chin Han (Shang Tsung). Des interprètes plus habitués à jouer les cascadeurs ou les silhouettes portent donc un semi-blockbuster sur leurs épaules, et même les scènes de combat ne leur permettent pas de briller. Si l’affrontement au sabre du début avait un certain panache, la suite est d’une banalité visuelle navrante, platement filmée et souvent sur-découpée. L’opposé de The Raid ou John Wick qui faisaient preuve d’une maitrise du temps et de l’espace rare dans le cinéma d’action américain contemporain. D’autant plus que ses films étaient eux-mêmes calqués sur un modèle inspiré du jeu vidéo, découpés en niveaux ou paliers, avec à chaque fois un boss à affronter au bout, au détriment de toute profondeur scénaristique.

Mortal Kombat essaie au contraire de donner une importance à un pitch bullshit – à la hauteur du jeu vidéo d’origine, sommet de série Z débile et jubilatoire – pendant près d’une heure de film. Simon McQuoid fonce la tête la première dans les poncifs du genre (l’élu, l’éveil des pouvoirs, le bien contre le mal) avec un ridicule pétri de malaise. Les «battle» se font longuement attendre, pour finalement être lâchement expédiée. Le combat contre l’iconique Goro et ses 4 bras dure par exemple trois minutes, en plus de ne présenter aucun intérêt en matière de mise en scène ou de décor (une ferme…). Mortal Kombat donne l’impression de ne pas pleinement s’assumer en tentant de s’acheter un sérieux et une crédibilité cinématographique via son script, et loupe tout ce qui aurait pu en faire le sel. De même, l’utilisation outrancière du gore, marque de fabrique de la saga vidéoludique, et l’introduction de quelques «Fatality» (les mises à morts spectaculaires du jeu), paraissent inappropriés, en décalage avec le ton que tente de prendre le film. Après que Warner Bros a annoncé son désir de produire 4 suites du film, on est tenté de mettre en place une pétition et de supplier le studio de «finish him!», mais qui sait, avec un vrai cinéaste aux commandes on pourrait enfin avoir le film Mortal Kombat dont on a toujours rêvé. D’ailleurs, il y a un talentueux réalisateur gallois en train de se mortifier chez Netflix, tout désigné pour reprendre le flambeau: Gareth Evans. M.B.

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