Quelque part entre 2022 et aujourd’hui, des gens ont décidé qu’il était urgent de transformer chaque personnage de notre enfance en monstre tueur. Winnie l’ourson est devenu serial killer, Mickey Mouse hache des touristes, le bonhomme en pain d’épice a son propre slasher franchisé. À chaque fois, le résultat est aussi cynique que terne : des licences tombées dans le domaine public et des producteurs qui se précipitent dessus avec la grâce d’un cocker sur un morceau de viande tombé au sol. Monkey’s Magic Merry Go Round fait quelque chose de radicalement différent : il invente sa propre émission jeunesse vintage avant de la décomposer de l’intérieur. C’est précisément pour ça que ça marche.
Le pitch est d’une simplicité chirurgicale. James Jensen anime une émission pour enfants au charme désuet à la Mister Rogers’ Neighborhood. Pull en laine, sourire bienveillant, chansons douces, marionnettes et peluches autour de lui. La star du show : Monkey, un singe de tissu aux mains humaines, qui pourrait avoir été dessiné par David Lynch un mauvais jour. Tout va bien jusqu’à ce qu’un épisode dédié aux “souvenirs oubliés” commence à affecter Jensen lui-même. Là, ses propres mains entreprennent de lui taillader le genou en direct, pendant qu’il transforme son auto-mutilation en leçon de cicatrisation pour la jeunesse. Moment où vous savez que vous êtes au bon endroit.
Ce que Monkey’s Magic Merry Go Round fait d’authentiquement intelligent, au-delà du concept facile à pitcher en festival, c’est de respecter le format jeunesse jusqu’à l’inconfort. Pas de caméras qui se révèlent, pas d’équipe technique en arrière-plan, pas de regard ironique qui désamorcerait la chose. L’émission est l’univers entier. Quand Jensen demande à Monkey si c’est bien un show de télé, Monkey ne comprend même pas la question. C’est Pirandello chez les Téléchats, avec du gore en bonus.
Les effets pratiques sont la grande surprise du film. La séquence où Monkey joue au Docteur Maboul avec ses mains humaines (ses vraies mains, articulées, en chair, qui contrastent absolument avec son corps en feutre) restera comme l’une des images d’horreur les plus dérangeantes de l’année. C’est exactement le genre de truc que ferait l’oncle bizarre de la famille un soir d’orage : on devrait rire, on a peur, on ne sait plus à quoi se raccrocher.
Le film glisse progressivement vers la métaphore : décompensation psychotique, traumatisme refoulé, mère absente, postière fantôme… et là où d’autres se seraient empêtrés dans la psychanalyse de comptoir, le réalisateur Aidan Leary tient le cap. La résolution ne trahit pas l’expérience qui l’a précédée. C’est un film qui sait ce qu’il fait. Dans le marasme actuel des adaptations horrifiques de personnages d’enfance, c’est presque suspect. Suspect, dans le sens où on voudrait que tout le monde en prenne de la graine. À voir avec quelqu’un qui regardait Bonjour les Amis dans les années 90. Restez assis après le générique pour vous excuser auprès de votre enfant intérieur.
22 mai 2026 sur Shadowz | Epouvante-horreurDe Aidan Leary | Par Aidan Leary, C.R. Thompson Avec Michael Gilio |
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