[MONDO WEIRDO] Carl Andersen, 1990

Le carton d’avertissement s’affiche en anglais approximatif : quiconque aurait des difficultés à « partager ce monde de cauchemar et d’événements sanglants et cruels » est prié de quitter l’auditorium maintenant. C’est signé Carl Andersen, réalisateur autrichien opérant depuis l’Allemagne, et c’est dédié à Jess Franco et Jean-Luc Godard, deux noms dont la cohabitation sur un même générique constitue déjà en soi un diagnostic psychiatrique. Bienvenue dans Mondo Weirdo, cinquante-cinq minutes de pellicule 16 mm noir et blanc qui se prennent pour la réponse européenne au Cinema of Transgression new-yorkais de Richard Kern et Nick Zedd, en plus extrême, plus surréaliste et plus explicitement pornographique.

L’histoire, pour autant qu’il y en ait une : Odile a ses premières règles sous la douche, entre dans un club punk, voit deux filles s’embrasser contre un poteau de strip-tease, et passe le reste du film à errer entre vampirisme, fellation, égorgement, voyage mystique dans le pavillon d’un saxophone et sexe lesbien en écran divisé. Quelque part au milieu, un intertitre à la Guy Maddin informe qu’Élisabeth Báthory invite Odile à un dîner étrange avec des gens étranges et des choses très étranges. La logique narrative est à peu près celle d’un rêve fiévreux raconté le lendemain matin par quelqu’un qui a omis les détails décisifs ; ce qui n’est probablement pas loin de la méthode de tournage.

Ce qui sauve le film du néant complet, c’est d’abord la bande-son de Model D’oo, électro-industrielle hypnotique, post-punk qui sonne comme si Throbbing Gristle avait décidé de scorer un Jess Franco sans budget. Et ensuite la cinéphilie éhontée d’Andersen, qui cite Meshes of the Afternoon de Maya Deren dans ses dédoublements de personnages, Un Chien andalou dans ses montages de choc, et Dementia de John Parker dans son errance de jeune fille condamnée à travers un paysage hanté. C’est beaucoup de références pour cinquante-cinq minutes de film, qui comporte aussi une scène de castration. Le problème, parce qu’il y en a un, même dans ce genre de décharge contrôlée, c’est celui de la transgression en général : à force de vouloir choquer, on finit par anesthésier. Le sexe explicite interrompt le flot onirique plutôt qu’il ne l’alimente, et la volonté de transgression reste par endroits celle d’un étudiant qui ne sait pas encore quoi faire de sa radicalité. On s’ennuie par intermittence, ce qui est le comble pour un film qui promet du sang et de la débauche. Mondo Weirdo reste malgré tout une pièce d’époque authentique, artefact d’un underground européen qui n’existe plus sous cette forme. La fille de Jess Franco, Jessica Franco Manera, y joue un rôle. Erwin Leder (l’indispensable tueur de Schizophrenia !) présente l’édition Blu-ray, renforçant l’impression d’appartenir à une famille très particulière. On a connu des familles moins intéressantes.

Réalisateur : Carl Andersen
Avec : Barbara Bourbon, Soledad Marceignac, Jessica F. Manera, David Hollman, Frank Khunne, Miranda Mariaux, Ron Lourid, Klaudia Keimel, Modell D’Oo, Irina Von Karlstein

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