Maudit chaos : « Les diables » de Ken Russell sauvé de l’invisibilisation, ces 50 autres films fantômes qui attendent dans les limbes

Une cinquantaine d’années d’invisibilisation (!!), des bootlegs rivalisant de durées, un pauvre DVD cut édité pour le geste : qui aurait pu imaginer revoir un jour Les Diables restauré dans sa version non censurée ? Pas grand monde, et oui… Pas totalement un cas isolé lorsque l’on décompte ces dernières années les nombreux films oubliés ou rares retrouvant enfin leur prime jeunesse : Cafe Flesh, Le Cœur fou, Last Summer, Noir & Blanc, Identikit, Nomad, Looking for Mr Goodbar, La Traque… Éditeurs cinéphiles, fonds de catalogue VOD ressuscités d’entre les morts ou ressorties glorieuses : oui, il y a une lueur qui brille à l’horizon. Alors on a pris notre pelle et on a creusé. Entre rêverie, bouteille à la mer et poing sur la table, voilà une sélection de 50 films fantômes qu’on aimerait tant revoir… et même voir tout court pour certains !

Les « peut mieux faire »

Myra Breckinridge (Michael Sarne, 1970)
Raquel Welch en femme trans foutant le boxon à Hollywood pendant que Mae West gazouille en cougar blonde : désavoué par son auteur Gore Vidal, laminé par la critique, considéré comme un turbo nanar, cet immense film camp n’est pas loin d’être le Showgirls de son époque. Mais lui n’a pas retrouvé d’éditeur, hormis sur un vieux DVD FatiGay. Encore un film que la sainte Warner adore nous cacher. Mais bon, qui sait…

Pola X (Leos Carax, 1999)
Après le gros bazar qu’avait constitué Les Amants du pont-neuf, Carax avait attendu neuf ans pour faire son come-back… et il s’est mangé un nouveau tollé : de son passage à Cannes jusqu’en salles, Pola X flops everywhere he goes. Et pourtant… L’émotion du couple tragique Guillaume Depardieu/Katerina Golubeva, du rock dans une usine abandonnée, l’ouverture sur un plan à la louma somptueux et féerique, un lac de sang, des tombes bombardées, du sexe non simulé dans la pénombre… Capricieux et tourmenté, comme d’hab avec Carax, Pola X verra son montage long, Pierre ou les ambiguïtés, diffusé sur Arte en 2001 en plusieurs parties. Trois décennies plus tard, la réhabilitation semblerait tout à fait raisonnable.

L’Arcano Incantatore (Pupi Avati, 1996)
Sélectionné à Gérardmer en 1997 mais aussi projeté il y a quelques années dans une copie souffreteuse au Festival Lumière, cette troisième tentative dans l’horreur caverneuse pour Pupi Avati, après La Maison aux fenêtres qui rient et Zeder, vaut pourtant largement le détour. Alors que le cinéma d’horreur italien agonise, Avati envoie un petit séminariste du XVIᵉ siècle dans la demeure reculée d’un prêtre défroqué. Nécromancie et magie noire s’y profilent. Un des rares cas de folk horror italienne, avec un climat pesant et putride servi sur son plateau d’argent. Son DVD italien sans sous-titres est hélas la seule façon de le découvrir.

Schmutz (Paulus Manker, 1987)
Un passage à la Quinzaine et petit pont par Avoriaz, puis nada. Malgré la présence de Michael Haneke au scénar, point de achtung yachting ici, mais une descente aux enfers baroque pour un gardien de nuit devenu une machine incontrôlable. Y’a du Yello à la musique (oui oui, les mêmes que pour le fameux Oh Yeah) et des images qui persistent durablement dans la pupille. Seul un lointain DVD autrichien donne encore la possibilité de découvrir cet ovni injustement boudé.

The Phantom (Marek Nowicki, 1984)
Un des trop rares cas d’épouvante made in Pologne, où un veuf refuse de se remarier par crainte de subir le courroux du fantôme de sa défunte épouse : manque de bol, ça chatouille dans le slip. Dans une atmosphère automnale ouatée et macabre du meilleur effet, on a l’impression d’y voir Poe serrer la pince à Borowczyk, tant le sexe semble occuper toutes les pensées (et les gestes) de chacun. Nulle trace du film, hélas, en dehors du DVD polonais daté…

Nazareno e la cruz del lobo (Leonardo Favio, 1974)
Ce film de loup-garou folklo-lyrico-kitsch à la fois agaçant et sublime a rarement eu l’occasion de sortir de son pays d’origine. Il y a quelque temps, l’excellent (sauf sur ce coup-là…) éditeur Severin l’inclut dans son second coffret consacré à la folk horror mais, n’ayant pas de copie restaurée sous la main, s’est contenté de trifouiller les contrastes de la seule copie (médiocre) existante. Bref, il est encore temps que le film de Leonardo Favio resplendisse à nouveau…

The House (Sharunas Bartas, 1997)
Présenté à Cannes en 1997, avant de finir par hanter les nuits d’Arte trois ans plus tard (remember, « Arte, c’est la nuit »), le film le plus perché de son auteur est resté dans sa petite case de confidentialité. Le seul DVD existant est aujourd’hui quasiment introuvable et il va sans dire qu’on attend enfin une restauration pour rendre justice à la beauté baudelairienne de ce grand cauchemar au ralenti.

Déjà vu (Goran Markovic, 1987)
Comme le prouvaient son Variola Vera et sa gestion catastrophique d’une maladie mortelle (et qu’on regarderait aujourd’hui tout autrement…), Markovic n’était pas un réalisateur du genre optimiste. La spirale meurtrière de son Već viđeno, qui explore les traumas d’une Serbie à vif à travers le pétage de plombs d’un prof de piano timide, attend un meilleur sort que ses DVD de l’Est à l’image poussiéreuse et grasse. Présenté en 1989 à Avoriaz dans une rétrospective (?!), il ne trouvera à l’époque aucun distributeur français.

Olivier Olivier (Agnieszka Holland, 1991)
Alors comme ça il s’agit du chef-d’œuvre d’Agnieszka Holland et on est censé fermer sa bouche ? Sur la trame de « un enfant disparaît et revient », un film émouvant, inconfortable, bizarre, unique. Peu diffusé, peu vu, peu apprécié, et édité à la « vas-y-que-je-te-pousse » dans un DVD médiocre épuisé depuis belle lurette. Allez allez, on se réveille.

Les « tu as disparu, je t’ai jamais revu ! »

Tristan & Iseult (Yves Lagrange, 1972)
Curieuse carrière que celle d’Yves Lagrange, entre courts métrages surréalistes à la pelletée et longs métrages ambitieux, comme cette relecture très opéra rock de Tristan & Iseult, qui se fera d’ailleurs remarquer à l’époque. On ne peut en récolter actuellement que quelques miettes pixelisées, et son auteur est mort dans un quasi-anonymat en 2024. Aïe.

Adrenaline, le film(s) (Alain Robak, 1989)
Comme Baxter, 3615 Code Père Noël et Baby Blood, l’anthologie d’Alain Robak représentait le renouveau d’un cinéma de genre français qui en avait marre d’être muselé et cloîtré dans sa niche. Serpentant entre les angoisses existentielles (une voiture qui se révolte, un plafond qui descend, une télé possédée, un métro qui rend fou…), les fables tordues (un collectionneur de mouches, une maison piégée…) et les tours de piste surréalistes (une tête changée en sculpture ou un homme démembré à l’infini), ce grand manège zinzin n’a connu aucune sortie sur support physique à ce jour, bien que multidiffusé, fut un temps, sur le câble. Romain vous conseille également un autre film à sketches, Parano, sorti en 1992, du même Robak et les mêmes amis (Yann Piquer, Sarah Levy…).

Pafnucio Santo (Rafael Corkidi, 1977)
Chef opérateur d’Alejandro Jodorowsky sur El Topo et La Montagne sacrée, Corkidi a dû assurément fumer la même herbe magique que crazy Jodo. Moins grand-guignolesque, il n’en reste pas moins un poète du blasphème et du beau, dans des films-opéras évoquant parfois plus Werner Schroeter que Jodo lui-même. Avec son petit messie traversant un monde sans dessus dessous (de l’Holocauste à la Révolution mexicaine, de Frida Kahlo à Patricia Hearst, du cabaret au couvent, tout est possible), Pafnucio Santo se révèle d’une beauté absolument déconcertante, mais reste condamné comme tout le reste de la filmo de Corkidi. Seule exception : le tout aussi sublime Deseos, circulant discrètement dans une copie restaurée depuis quelques années.

Arcana (Giulio Questi, 1972)
Plus connu pour son formidable western gothique Tire encore si tu peux ou le giallo insolite La Mort a pondu un œuf, Giulio Questi a pété un boulon avec cet Arcana où une fausse voyante voit son fils développer des pouvoirs incontrôlables dans leur HLM milanais. Le résultat est tout à fait déconcertant et unique, et on se surprend à repenser à certaines séquences, comme cette vieille guimbarde se déchaînant sur des plans de Lucia Bosè en train de vomir des grenouilles. Reste à savoir pourquoi il n’a jamais été restauré, contrairement à d’autres folies anarchistes voisines comme L’Inceneritore ou Nel più alto dei cieli.

Au rendez-vous de la mort joyeuse (Juan Luis Buñuel, 1972)
On l’oublie, mais Luis Buñuel eut un fils réalisateur dont la brève carrière fut traversée de films insolites (dont La Femme aux bottes rouges, où la présence de Catherine Deneuve et de Fernando Rey renforçait l’ombre du padre). Après avoir assisté plusieurs fois son paternel, Juan Buñuel réalisera un des rares films de maisons hantées français, dont l’idée, ô combien surréaliste, n’est vraisemblablement pas tombée du ciel. Figurez-vous qu’on y cause d’une maison amoureuse d’une adolescente ! Un beau moment d’étrangeté ne subsistant que sur quelques TV rips flous.

Craving Passion (Andrey Kharitonov, 1991)
C’est un peu comme si Dario Argento était allé faire un tour en URSS, et vous aurez une idée de cet ovni horrifique venu du froid, un des rares d’ailleurs des années 90. Du néo-noir empourpré de velours noir et de marbre blanc, hanté par des vampires aux dents longues. On aimerait évidemment le voir ailleurs que dans une copie suspecte.

The Desert Archipelago (Kanai Katsu, 1969)
Plus discret et moins cité qu’un Wakamatsu ou qu’un Terayama, Kanai Katsu pourrait se situer au carrefour des deux monstres de l’avant-garde japonaise, avec la même volonté de mêler poésie, provocation et expérimentation. Premier film insensé d’une filmo particulièrement brève, The Desert Archipelago plonge un quidam dans un couvent de bonnes sœurs sadiques et monstrueuses. D’un point de départ façon cauchemar gothique, le métrage s’enfonce dans un surréalisme et un anarchisme sans dieux ni maîtres. Du grand cinéma taré oublié.

Hotel St Paul (Sven Wam, 1988)
Sa sortie en salles françaises est un mystère (soit ultra confidentielle, soit annulée), puis Hotel St Paul a fait pouf pouf dans la nature. Un triangle amoureux qui patauge dans la crasse, quelque part entre Massacre à la tronçonneuse et Bukowski. On attend toujours qu’on lui redonne une chance…

The Magic Toyshop (David Wheatley, 1987)
Peu de monde le sait, mais Angela Carter a eu droit à une autre adaptation que La Compagnie des loups : curieusement, The Magic Toyshop et ses orphelins menacés par un fabricant de jouets maléfique n’ont connu qu’une distribution très réduite. Dans la même veine que le film de Jordan (féerie inquiète, passage à l’âge adulte traité par le biais du fantastique, atmosphère onirique), celui-ci n’est pas allé plus loin que la VHS…

Fin du monde, Nostradamus, an 2000 (Toshio Masuda, 1974)
Alors que, sur le papier, cette étrange production Toho a tout du spot écolo/anti-nucléaire, elle se transforme à l’arrivée en worst of du film catastrophe où toutes les horreurs et punitions divines semblent permises : cannibales irradiés, pluie acide, inondations, incendies, chauves-souris géantes… et même l’explosion de la centrale de Fukushima ! Le tout entrecoupé d’intermèdes mêlant bavardages diplomatiques, scènes de liesse chaotiques (dont un suicide collectif de motards !) et dérapages new age bien pouet-pouet. Regardé de travers dans son pays natal (en particulier par les associations de survivants de la bombe nucléaire), le film vit sa distribution coupée nette et fut complètement charcuté à l’international (presque chaque pays a un montage différent !). Film monstre à la fois prophétique et consternant, il ne doit sa survie qu’à des éditions pirates qui craquent de tous côtés…

Miss Mona (Mehdi Charef, 1986)
Très largement récompensé pour son Thé au harem d’Archimède, Mehdi Charef (qui nous a quittés d’ailleurs il y a quelques jours) n’a pas eu autant de chances dans la suite de sa carrière. Son second long, plutôt corsé, balance Jean Carmet en vieille putain en attente de transition, dont le quotidien misérable se fracasse contre celui d’un sans-papiers en fuite. Traversé d’échappées bizarres (Carmet façon Marilyn sur la grille d’air, un mime suicidaire…), dur et volontiers misérabiliste, le résultat n’en reste pas moins fascinant, rejoignant la saga des grands films du Paris caché des eighties (Extérieur Nuit, Neige, Simone Barbès, Once More…). Malgré son passage à la carte blanche de Jodo à L’Étrange Festival, le film fait toujours profil bas. Et la filmo de Charef avec…

Et mourir de plaisir (Roger Vadim, 1960)
Entre une fin de carrière en quête de scandales qui ne viendront jamais et un traumatisme nommé Bardot, il y a eu autre chose chez Vadim : comme cette variation audacieuse de Carmilla de Sheridan Le Fanu, annonçant les furies Technicolor de Bava et les vampires dangereusement ambigus de la Hammer. L’accueil de l’époque sera tiède et nul n’a encore trouvé le moment de le tirer de sa tombe.

Travolta et Moi (Patricia Mazuy, 1993)
Le mini/maxi chef-d’œuvre de Mazuy appartient à la collection télé Tous les garçons et les filles de leur âge, qu’on aimerait bien revoir un jour sous un beau soleil. Teen movie acide, ode à l’imprévu et au chaos, le film circule malgré tout depuis quelques années et connaît même quelques projections, mais toujours sous le signe de la piraterie en raison de problèmes de droits liés à de nombreuses musiques.

Sweet Home (Kiyoshi Kurosawa, 1989)
De la maison hantée bien grand-guignolesque qui ne ressemble en rien à la suite de la carrière de son auteur ! Adapté sur Nintendo avec ce qui constituera l’ancêtre de Resident Evil, Sweet Home a bien un petit culte, probablement lié à son statut maudit (reshoots et consorts) et à quelques beaux effets spéciaux, dont certains fignolés par Dick Smith. Actuellement, le film vit sa vie sur une copie LaserDisc que les fans tentent de pimper comme ils peuvent. On attend quand même le niveau au-dessus.

Félicité (Christine Pascal, 1979)
On a beaucoup résumé la filmo (en tant que réalisatrice) de la tragique et magnétique Christine Pascal au Petit Prince a dit, son « grand film populaire ». Son premier long, c’était bien autre chose. Écorché vif jusqu’à la moelle et indomptable, ce portrait sans fard explorait le féminin côté pile (exhibitionnisme, anorexie, jalousie, alcoolisme…) et prouvait bien que son autrice n’avait pas choisi la voie du confort. « Je voulais aller le plus loin possible, tout montrer. » En l’absence d’une Isabelle Huppert initialement prévue, c’est Christine Pascal herself qui se met à nu, avec des petits bouts d’elle-même par-ci par-là. On aimerait vraiment se repencher dessus sérieusement.

Clementine Tango (Caroline Roboh, 1983)
Un des deux films de la mystérieuse Caroline Roboh, qu’elle tournera à l’âge de 24 ans : salué à sa sortie mais disparu des radars depuis. Sur une base pas très affriolante, avec son bourgeois BCBG coursant éperdument une ado androgyne, le film donne l’impression de passer à travers le miroir pour nous faire découvrir un univers queer comme rarement le cinéma français en montrait à l’époque.

The Gold of Love / Das Gold der Liebe (Eckhart Schmidt, 1983)
Si le Der Fan du même auteur a retrouvé son chemin parmi les zinzins cinéphiles (et encore…), pourquoi n’a-t-on toujours pas sorti ce « cœur doré » de son purgatoire ? Une balade dans une Vienne spectrale et sanguine, hantée par les synthés de DAF. Et des séquences folles qu’on voudrait voir autrement que sur un rip cafardeux oublié dans un grenier.

Le Démon dans l’île (Francis Leroi, 1983)
Réalisé par un coquin de première, un cas d’horreur à la française qui a marqué ceux qui l’ont vu lors de ses passages sur M6, ne sachant plus où donner de la tête entre Anny Duperey qui alignait clope sur clope, des séquences traumatisantes où les appareils ménagers devenaient fous et un gosse affublé d’une gigantesque perruque. Sévèrement bloqué pour des raisons de droits, le film fut généreusement diffusé à la télévision mais privé de sorties physiques (hors VHS).

The Cabinet of Dr. Ramirez (Peter Sellars, 1991)
La critique de l’époque s’était étranglée sur ce film hors normes signé par un metteur en scène venu de l’opéra. Entièrement muet, c’est la musique tonitruante qui parle ici pour animer une poignée de cadres devenant cinglés dans leur open space de la mort. Malgré quelques retours en festival (à L’Étrange Festival ou à Rotterdam), le film n’existe pas vraiment actuellement.

Obbligo di giocare – Zugzwang (Daniele Cesarano, 1989)
De son titre à son destin ramassé (il n’est jamais sorti en dehors de son pays d’origine), Zugzwang est aussi le seul film de son auteur. Alors que le giallo se casse la figure, ce curieux one shot en offre une variation d’une rare élégance avec son témoin gênant coursant un tueur dans une Rome brutaliste, comme si l’Argento formaliste de Ténèbres avait rangé l’hémoglobine et les rasoirs.

Invitation au voyage (Peter Del Monte, 1985)
Avant de sombrer dans l’ennui chic, avec Étoile (un Black Swan avant l’heure avec Jennifer Connelly) et Julia and Julia (Kathleen Turner et Sting qui se frôlent en vidéorama), Peter Del Monte vit sa filmo italienne engloutie (comme le très étonnant Piccoli Fuochi), ainsi que son arrivée en France avec cette Invitation au voyage diablement fascinante, avec – et ce n’est pas rien – Gabriel Yared à la musique et Bruno Nuytten à la photo. Un road movie bizarroïde où deux jumeaux incestueux se retrouvent séparés par la mort dans une ambiance très new wave, le tout auréolé d’une conclusion maxi troublante.

Midi Minuit (Pierre Philippe, 1970)
Un couple de tourtereaux perdu chez des artistes excentriques et sanguinaires, alors que le « vampire de la garrigue » traîne dans le coin : on y croise une Béatrice Arnac insatiable en nymphomane sadique et Daniel Emilfork, onctueux et suspect, en amateur de jeunes garçons. Le film reste malheureusement méconnu dans son propre pays.

Summer of Secrets (Jim Sharman, 1979)
Réalisateur du mythique Rocky Horror Picture Show, Jim Sharman a cultivé le mystère pour le reste de sa filmographie. Si on a pu attraper au vol l’excellent The Night the Prowler (qui mériterait aussi un destin plus glorieux) ou Shock Treatment, que dire de ce Summer of Secrets, histoire de couple perdu dans l’antre d’un savant fou, façon Rocky Horror au premier degré (on y retrouve même Nell « Columbia » Campbell dans le rôle principal) ?

Le Destin exécrable de Guillemette Babin (Guillaume Radot, 1949)
La France a son film de folk horror dont personne ne se souvient ! Avec ses sabbats sulfureux, on pourrait croire que cette Guillemette Babin fut prise à partie par la censure, mais il n’en est vraisemblablement rien. S’il ne s’agit clairement pas d’un chef-d’œuvre dissimulé, il n’en reste pas moins une œuvre étonnante et audacieuse.

Bas-fonds (Isild Le Besco, 2010)
La vie en communauté de trois jeunes filles dérangées. Dialogues gueulés, personnages mal-aimables et toxiques au plus haut point (dont une stupéfiante Valérie Nataf en amante ogresse), image blanche et crue : Le Besco fascinait à vouloir faire bouger les lignes par la provoc, retrouvant parfois le sel des premiers romans de Despentes. Après son passage en salles, le long métrage prit son titre comme une indication toute trouvée…

Les « Pas vu, pas pris »

Superlove (Jean-Claude Janer, 1999)
L’affiche de Pierre et Gilles donne déjà le ton, comme une paillette dans l’œil. Plot : l’apparition de la Vierge Marie chamboule la communauté d’un petit village, dont celle d’un coiffeur se rêvant pop star. S’y pressent Grégoire Colin, Isabelle Carré, Carmen Maura, Marthe Villalonga et Dave ! Tout semble succulent. Mais tout a surtout disparu.

La Ballade de la féconductrice (Laurent Boutonnat, 1979)
Une histoire à en perdre la tête. Alors qu’il n’avait pas encore croisé la route d’une certaine Mylène, Laurent Boutonnat, 17 ans, tourne une hallucination surréaliste en noir et blanc, une sortie de folie à la Arrabal où tout est fait pour choquer le chaland. Le comité de classification s’étouffe et manque d’interdire la chose : le film sera projeté deux semaines dans une salle à Paris, pour seulement 400 tickets vendus. Merci, au revoir. Quelques décennies plus tard, une inconnue vole les bobines du film, laissant son propre réalisateur comme un rond de flan. Seule trace physique du film : une vidéo sur YouTube montrant une caméra cachée du film projeté sur une table de montage ! L’impression de voir un film à travers une serrure, ou dans les reflets d’un miroir lointain, les soirs où les adultes regardaient des films défendus sur un tube cathodique grésillant. 150 % chaos, bien sûr. Mais on aimerait vraiment le voir quand même…

Swamp ! (Eric Bu, 1999)
Rongée par la maladie, une jeune ado de 13 ans désire assouvir son ultime caprice : réaliser un film d’horreur. Entre parodie et faux making of, Swamp ! est à l’époque pointé, à cause d’un hasard de calendrier et de son budget de 70 000 francs, comme l’anti-Star Wars : Episode I… et se fait laminer. Cet exercice méta et zinzin, où même Anne Sylvestre s’invite à la fête (!!), a préféré prendre le large une fois sa diffusion sur Canal entamée.

Le Rat (Christophe Ali & Nicolas Bonilauri, 2001)
Présenté à l’ACID en 2001, Le Rat n’était pas du genre à être aligné avec son temps, avec son vieux serial killer de jeunes filles surveillé par l’œil avide d’un rongeur, le tout sans dialogues et en noir et blanc ! Cette coquetterie morbide au tournage long et éprouvant (quatre ans ?!) n’ira guère plus loin que sa sortie en salles et son passage sur Canal+.

Méchant Garçon (Charles Gassot, 1992)
Sorti des Jeux olympiques d’hiver qu’il chapeauta, le producteur Charles Gassot succède à Claude Miller et signe son seul et unique long métrage, seconde adaptation du roman Bad Ronald de Jack Vance après le téléfilm américain de 1974. L’histoire d’un fils à maman (ici jouée par Catherine Hiegel) vivant caché sous l’escalier de sa maison, jusqu’au jour où une famille débarque pour s’y installer. Hormis quelques diffusions télé timides, le film demeure introuvable. Et on reste curieux de savoir s’il fait bien meilleur que son concurrent américain, bien freiné par ses atours télévisuels.

Novembre (Łukasz Karwowski, 1992)
Psychotic women movie teinté de fantastique, tourné entre la Pologne et la France, disparu après un passage en salles puis sur Canal+. Perdu à l’heure qu’il est, mais des captures sur le site IMDb semblent bel et bien attester de l’existence d’une copie quelque part. Ça a l’air beau, et on veut voir ça évidemment.

Putain de Sorcière (Gilbert Roussel, 1982)
Malgré son titre de comédie franchouillarde, c’est bel et bien un film fantastique, teinté évidemment d’érotisme déviant, qui se cache derrière cette mystérieuse production que la censure fut à deux doigts d’interdire tout court. Tourné à Pont-Saint-Esprit, ville bien connue pour son pain toxique qui rendit fou une bonne partie de ses habitants (!), on y suit la vengeance d’outre-tombe d’une sorcière sur un quidam réputé pour courser les petites filles du patelin. Distribué en salles, il n’en subsiste aujourd’hui qu’une jolie affiche… et c’est tout !

Les pas montrables

Horse Woman Dog (Hisayasu Satō, 1990)
Poète de l’innommable, Sato a la chance de voir ses films petit à petit restaurés de l’autre côté de l’Atlantique. Difficile d’imaginer cependant celui-ci retrouver vie, avec sa comtesse sadienne semant la terreur sur la côte d’un coin paumé. Le souci ? Des scènes de zoophilie avec cheval et chien (oui, c’est dans le titre), certes pixelisées, certes simulées, mais très insistantes.

Barnens O (Kay Pollak, 1980)
Teen movie initiatique et bizarroïde électrisé par la musique de Jean-Michel Jarre, et dont le final a BEAUCOUP inspiré celui de Morse le film de vampires de Tomas Alfredson (en tout cas, difficile de le nier). Tout irait presque bien si un plan impossible ne venait pas gâcher la fête. Soyons honnêtes, on ne risque de le voir sortir du bois avec une casserole pareille.

What is it ? (Crispin Glover, 2005)
L’activité récente de Crispin « Marty McFly » en tant que réalisateur rappelait au bon souvenir que sa trilogie inachevée s’est contentée de circuler de manière confidentielle dans les festivals. Son contenu sciemment dérangeant, avec de nombreuses visions scabreuses et lynchiennes incluant des comédiens trisomiques, ne semblent pas prêt de se dévoiler aux yeux du monde.

Maladolescenza (Pier Giuseppe Murgia, 1977)
Devenue bien malgré elle une icône lolita des années 70, Eva Ionesco a atterri on ne sait comment sur ce projet aberrant, où elle se trouve accompagnée de Lara Wendel, qui squattera plus tard quelques titres bien bis, et Martin Loeb (frère de Caroline) qui sortait de Mes petites amoureuses de Jean Eustache. Dans une forêt de conte, trois gosses se chamaillent au nom de l’amour et de la mort. Si la célébration des corps à peine pubères met totalement mal à l’aise, son regard sans détour sur la cruauté juvénile et ses jeux de pouvoirs qui préparent à ceux du monde adulte, touchent quelque chose de vrai. Distribué il fut un temps en dvd dans des pays on va dire plutôt laxistes, Maladolescenza ne risque pas de réapparaître de sitôt, emportant avec lui ses mystères et ses scandales.

Les Carrés Roses

Mâles hard corps (Norbert Terry & Jean-Etienne Siry, 1977)
Du sexe gay sous toutes ses formes : feu de cheminée romantique, virée sur deux roues (avec huile de vidange en guise de lub), BDSM hardcore, masturbation… Tout un programme ! Le segment sur le fist terrifiera tellement le comité de classification qu’il finira isolé sous le titre de Poing de force, mythique titre que ses spectateurs imprudents n’ont jamais pu oublier. Ce n’est évidemment qu’un échantillon du porno gay français des années 70, voué aujourd’hui à l’engloutissement. Mais avec les restaurations récentes de Équation à un inconnu ou du Beau Gosse (par les merveilleux Altered Innocence), qui sait…

Scorpio Nights (Peque Gallaga, 1985)
Une histoire de voyeurisme moite et indécente (qui rappellera peut-être à certains Vive L’amour de Tsai Ming-Liang) : si le cinéma philippin connaît depuis quelques temps un vrai regain d’intérêt de la part de nombreux éditeurs, ce joyau très sexxx n’a pas encore eu d’honneurs dignes de ce nom.

Day Dream (Tetsuji Takechi, 1981)
Il y a bien sûr le Day Dream original, du même réalisateur, bizarrerie pre-lynchienne surgie en plein essor du film rose. Il y a aussi le remake de 2009. Et même le DayDream 2 de 1987 ! Mais de tous, on bat surtout des cils face à sa version de 81, fantasme cauchemar tokyoïte qui débute dans un cabinet de dentiste et se termine façon train fantôme du cul. Si une version plus que regardable galope en loucedé depuis quelques années, elle est hélas censurée de ses plans pornographiques.

La messe dorée (Beni Montresor, 1975)
Pas un grand film, mais une curiosité dans un océan des années 70 qui célébrait la partouze (de Caligula en passant par Sensation, Les noces de porcelaine, Bacanal en directo ou Spermula). Quasi disparu depuis sa sortie en salles, on aimerait bien juger à nouveau la chose sur pièce.

New York City Inferno (Jacques Scandelari, 1978)
La traversée sans filtre d’un NY hédoniste et poilu, jusqu’au vertige. Du diptyque new-yorkais de Jacques Scandelari (avec le totalement disparu Un couple moderne), c’est évidemment le plus mythique et le plus vu, continuant de traverser les festivals (comme à Pink Screens ou à l’Étrange Festival, où il est apparu dans une carte blanche de Jacques Audiard !) dans une copie fragile, quand ce n’est pas sa VHS rip.

Sylvia dans l’extase (Eric de Winter, 1976)
Dans Exhibition 2, Jean François Davy remettait le couvert en suivant à la trace une hardeuse grande gueule, proclamée nymphomane et fort volubile : Sylvia Bourdon. Ce qu’on sait moins, c’est qu’elle avait déjà occupé tout l’espace d’un film consacré à sa personne, beaucoup plus hardcore celui-ci : entre deux glorifications du BDSM (on y retrouve d’ailleurs son esclave décharné Jan Wilton), le métrage foutraque n’hésite à insérer quelques scènes hard gay. Tourné par Eric de Winter, auquel on devait le déjà salé Maléfices Pornos, perdu lui aussi il fut un temps, Sylvia dans l’extase permettait à son actrice vedette de lâcher la bride, zoophilie incluse. Après une exploitation salle discrète, zéro traces de la chose.

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