Les Diables, le film le plus controversé du plus controversé des réalisateurs, s’apprête enfin à retrouver les salles dans la version voulue par le cinéaste. Présentée en première mondiale au Festival de Cannes 2026, cette nouvelle director’s cut constitue l’une des restaurations les plus attendues de l’année.
Sorti en 1971, Les Diables s’inspire du livre d’Aldous Huxley The Devils of Loudun et d’une histoire vraie survenue en France au XVIIᵉ siècle. Le film raconte le destin du prêtre Urbain Grandier, brûlé vif en 1634 après avoir été accusé d’avoir séduit tout un couvent de religieuses ursulines en pactisant avec le diable. Ken Russell, pourtant converti au catholicisme à l’âge adulte, ne s’intéresse pas réellement au surnaturel. Il envisage plutôt son film comme un cauchemar provoqué par la corruption et l’instrumentalisation de la religion. Le cinéaste le décrivait d’ailleurs comme son « film politique », et même son « seul » film politique.
Dès sa conception, The Devils provoque la controverse. United Artists abandonne le projet après avoir découvert le scénario, avant que Warner Bros. ne décide de le produire. Les visions de Russell, mêlant sexualité, violence, blasphème et hystérie religieuse, déclenchent ensuite la colère des autorités de censure. La fameuse scène d’orgie impliquant les religieuses dans une église est notamment amputée. Le film sort au Royaume-Uni avec un classement X et dans une version encore plus lourdement censurée aux États-Unis. La principale coupe concerne une longue séquence située au cœur du film, montrant publiquement la possession supposée des religieuses. Elle se termine par leur déchaînement autour d’un immense crucifix, qu’elles arrachent et maltraitent dans une scène d’hystérie collective. Même la version britannique classée X comportait ainsi un véritable trou narratif au milieu du film.
En 2002, pour le documentaire Hell on Earth: The Desecration and Resurrection of The Devils, le critique Mark Kermode et Russell entreprennent de retrouver les images disparues. Après de longues recherches et plusieurs coïncidences, les séquences sont finalement retrouvées. Russell et son monteur historique Michael Bradsell les réintègrent alors au film, ainsi que des plans supplémentaires dans la conclusion, particulièrement importants pour le cinéaste. Cette nouvelle version existe dès 2004, mais uniquement sur une cassette Digibeta de qualité médiocre. Kermode organise alors une unique projection au National Film Theatre de Londres. Le film reçoit une ovation debout et Russell affirme : « C’est cette version du film que je veux que les gens voient. » Sa veuve, Elize Tribble Russell, raconte également qu’après la projection, son mari avait simplement déclaré : « Maintenant, j’ai retrouvé mon rythme. » Après le scandale de 1971, Warner Bros. maintient longtemps le film censuré à l’écart de la circulation. Il développe pourtant une réputation culte et devient une référence pour plusieurs générations de cinéastes. Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón, Park Chan-wook et Peter Jackson figurent notamment parmi les admirateurs ayant manifesté leur intérêt pour la restauration. Warner Bros. finit par changer de position en 2025 avec la création de Clockwork, sa nouvelle branche indépendante de production et de distribution. Son président Christian Parkes et son responsable marketing Spencer Collantes font alors de The Devils une priorité. La version présentée à Cannes sortira finalement en salles américaines le 16 octobre et en France le 28 octobre. Il s’agit de la première sortie commerciale de la version voulue par Russell, restaurée en 4K à partir du négatif caméra original et permettant de redécouvrir comme jamais les visions hallucinatoires du cinéaste.
Bonne nouvelle : cette director’s cut tant attendue des «Diables » de Ken Russell sera disponible dans tous les cinémas de France à partir du 28 octobre https://t.co/uPyZNkrVwv pic.twitter.com/fTEcIMfymm
— Philippe Rouyer (@philippe_rouyer) August 16, 2026



