Après Werner Herzog, Takashi Miike revisite « Bad Lieutenant » d’Abel Ferrara avec « Bad Lieutenant: Tokyo »

Takashi Miike revient avec Bad Lieutenant: Tokyo, un nouveau film néo-noir tourné dans les rues illuminées de la capitale japonaise. Le réalisateur d’Audition signe ici une nouvelle variation autour de la figure du policier corrompu. Le projet s’inscrit dans une curieuse tradition cinématographique née avec Bad Lieutenant, réalisé en 1992 par Abel Ferrara. Harvey Keitel y incarnait un policier new-yorkais anonyme, corrompu et dépendant à la drogue, confronté à une profonde crise de foi au milieu de la violence quotidienne de son métier. Ferrara n’a jamais souhaité donner de suite à son film. Dix-sept ans plus tard, Werner Herzog s’est pourtant emparé officieusement du titre avec Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans, une relecture beaucoup plus ouvertement comique et déjantée portée par Nicolas Cage. Les deux films n’ont officiellement aucun lien narratif. Ferrara a d’ailleurs publiquement rejeté le film de Herzog, allant jusqu’à déclarer qu’il espérait voir le réalisateur et Cage « aller en enfer » pour l’avoir réalisé. Malgré cette rupture, les deux œuvres sont restées durablement associées dans l’imaginaire des cinéphiles. Miike devient donc le troisième réalisateur de renom à proposer sa propre interprétation de cette figure du « mauvais lieutenant ».

Bad Lieutenant: Tokyo est écrit par Daisuke Tengan, collaborateur régulier du cinéaste japonais. Le casting réunit notamment Lily James, Shun Oguri et Liv Morgan, catcheuse de la WWE. Le film suit un détective tokyoïte déchu qui sombre progressivement dans un univers de corruption, de dépendance et de violence. Pris dans une enquête particulièrement trouble, il se retrouve confronté à un ancien membre des yakuzas animé par un désir de vengeance. Une mystérieuse agente du FBI intervient également dans l’affaire, qui concerne par ailleurs la disparition de la fille d’une puissante famille américaine. Cette nouvelle intrigue doit ainsi transposer les thèmes traditionnellement associés à Bad Lieutenant dans un environnement japonais, tout en conservant la dimension criminelle et morale du concept. Le choix de Tokyo permet à Miike d’inscrire cette histoire de corruption dans une ville à la fois moderne, spectaculaire et nocturne, propice aux codes du néo-noir. Avec cette nouvelle production, le cinéaste, réputé pour son impressionnante prolixité, poursuit ainsi son exploration des genres populaires et des récits criminels. Après Ferrara et Herzog, Bad Lieutenant: Tokyo promet une troisième lecture radicalement différente d’un titre devenu, malgré l’absence de continuité officielle entre les films, une sorte de franchise officieuse du cinéma contemporain.

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