Le tube con : Jordy – « Dur, dur d’être un bébé »

Revenir sur le cas Jordy impose de laisser son ironie au vestiaire. En 1992, Jordy n’est qu’un petit garçon de quatre ans, devenu célèbre, d’un coup, à la faveur d’un tube incroyablement con, que l’on peut ranger entre Licence IV et La Zoubida dans les grandes atrocités de la chanson française. D’accord, nous le sommes tous (d’accord). Et nous le sommes tout autant (d’accord) pour voir l’enfant éberlué, enseveli sous les peluches, pris dans un tourbillon qu’il ne saisit pas, pour la plus grande joie des parents et, assurément, pour leur faire plaisir. Le single, Dur dur d’être un bébé, n’en reste pas moins un immense succès. Plus jeune chanteur du monde, quinze semaines en tête des ventes, le livre des records s’affole. Il avait aussi, à son corps défendant, déclenché une polémique sur la médiatisation et le travail des jeunes enfants.

Si le succès de Jordy incarnait les effrayants travers de la société du spectacle (ce qui nous semblerait totalement affolant aujourd’hui), on se souvient aussi, non sans honte, d’un enfant (Jordy Claude Daniel Lemoine, de son vrai nom) sifflé par des adultes, le temps d’une cérémonie aux Victoires de la musique en 1994. À l’appel de son nom, Jordy est hué par la salle au lieu d’être applaudi. Pas très glorieux, les mêmes adultes se défendront sans doute en disant aujourd’hui qu’ils sifflaient le produit et non l’enfant. Mais se met-on deux secondes dans la peau d’un enfant de six ans (c’était deux ans après son hit!) qui reçoit un tel désamour ? Dur dur d’être sifflé par des cons, hein, mon Jordy… D’autant que les parents du baby Jordy (c’est à se demander si Carax en faisant le film Annette n’avait pas pensé à lui à travers Baby Annette…) ont investi l’argent de l’enfant-bête-de-foire n’importe comment (un parc d’attraction baptisé La Ferme de Jordy, par exemple). Et c’est bien n’importe quoi. L’argent des royalties a été dilapidé et Jordy de disparaître de la circulation.

Brouillé avec papa, Jordy a donné des nouvelles en 2005 dans l’inoubliable Ferme célébrités (big up à Régine!), mais tout le monde s’en est battu les steaks – le public français veut Baby Jordy, pas d’un teen Jordy. L’année suivante, il a sorti une autobiographie Je ne suis plus un bébé parue aux éditions Scali, mais tout le monde s’en est re-battu les steaks. En 2009, la maison de disques Sony BMG a été condamnée à payer 820.000 euros à Jordy, ex-bébé chanteur, pour avoir exploité ses chansons sans son autorisation. Si elle a bien signé des contrats de licence en 1992 avec le père du petit Jordy, les contrats ne sont pas valables pour diverses raisons. Sans même se prononcer sur la légalité du travail de l’ancien bébé-chanteur…

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