On a joué à « Clock Tower: Rewind », le remake du chef-d’oeuvre horrifique en 16-bit entre « Suspiria » et « Phenomena »

Dans la catégorie des refontes visuelles vidéoludiques, tout est désormais possible. Du petit lifting quelques années après une sortie (The Last of Us Part I, Horizon Zero Dawn Remastered, Until Dawn) à la refonte d’exception, comme c’est le cas en ce moment avec Silent Hill 2, il existe également des approches relevant davantage de la préservation patrimoniale que du véritable remake. Le jeu vidéo étant un média pouvant parfois avoir la mémoire très courte, on ne rechigne pas face à ses mises à jour, permettant de mettre la main depuis nos consoles modernes aux bijoux d’autrefois. Vous l’aurez compris, c’est donc bien de ce courant que s’inscrit Clock Tower: Rewind, sorte d’édition luxueuse du jeu d’origine qui n’avait jusqu’alors jamais connu de véritable sortie hors du Japon depuis sa création en 1995.

Ajustez vos lunettes – et vos manettes –, vous voilà à la sainte époque du 16-bit avec son pixel art qui n’a pas bougé, pas plus que son sound design ou même son gameplay. Si ce dernier connaît bien de menus ajustements, l’essentiel est intact et il faut donc bien prévenir que l’expérience à laquelle vous vous apprêtez à vous adonner relève du rétro-gaming. Partants? Vous voilà bien chanceux, car Clock Tower demeure, presque 30 ans après, un chef-d’œuvre de point-and-click horrifique, malin, obsédant et profondément dérangeant. Comme la Team Silent aura pu le faire suite à une fascination pour L’Échelle de Jacob, la création de Clock Tower doit énormément au travail de Dario Argento, Suspiria et Phenomena en tête, dont on retrouve assez éhontément des éléments – le 16-bit permettant une large part d’interprétation dans ce que l’on voit à l’écran, l’équipe artistique s’est faite plaisir.

Le jeu vous propose d’incarner Jennifer (quitte à voler le visage de la star de Phenomena, autant lui voler aussi son prénom), jeune orpheline qui emménage avec trois amies dans un orphelinat. Mais rapidement, l’intendante disparaît, et vous voilà seules dans l’immense manoir, un paquet de puzzles à résoudre et de portes à ouvrir sur les bras. Faisant usage de manière inventive (et parfois un peu tirée par les cheveux, comme c’était souvent le cas à l’époque) de son inventaire dans des phases de réflexion posées, Clock Tower ne se parcourt pourtant pas comme une simple promenade de santé. C’est que le manoir abrite une infernale engeance, « Scissorman », antagoniste principal apparaissant dans vos déambulations de manière aléatoire: par une douche, le plafond, ou derrière des rideaux, le bonhomme est inventif! Si une confrontation directe avec lui peut faire gagner quelques secondes si elle est réussie, il faudra à chaque fois trouver un moyen de vous en débarrasser en faisant usage de réflexion.

Cette présence éreintante, qui n’est pas sans rappeler le Mr. X de Resident Evil 2, rythme la progression du jeu et installe une ambiance assez unique. Cette dernière tient aussi beaucoup au travail réalisé sur des tableaux animés, apparaissant parfois pour livrer une vue rapprochée de certains détails et optant pour un réalisme pixellisé du plus bel effet, surtout quand il traite de détails dégoûtants. La progression vous entraîne dans les entrailles du manoir, multipliant à mesure les manières de vous échapper de cet enfer et ouvrant donc de multiples fins, permettant au jeu de gagner en ampleur, notamment dans la découverte des dernières zones. L’unique ajout véritable tient finalement à un petit élément de gameplay, qui vous permet de rembobiner à tout moment le jeu de quelques secondes. Si cela peut s’avérer efficace lorsqu’on se retrouve traqué, ce n’est pas non plus un indispensable, si bien que le jeu relève plus du portage de luxe qu’autre chose. Mais qu’importe: les jeux, c’est comme les films, c’est parfois meilleur sans véritable remake.

Studio: Limited Run Games, Wayforward | Éditeur: WayForward | Parution: 29 octobre 2024 | Genre: Survie-horreur | Disponibilité: PS5, PS4, XBS, XBO, Switch, PC 

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