[JT LEROY] L’histoire vraie (et démente) d’une escroquerie racontée dans un film

Laura Dern et Kristen Stewart dans un film inédit, disponible en DVD depuis début octobre chez Metropolitan, racontant l’histoire incroyable mais vraie d’un mensonge polémique, celui de Jeremiah Terminator Leroy, coqueluche des médias et des stars. Qui n’était qu’une invention.

Au début des années 2000, JT Leroy, jeune homme transgenre et séropositif devient la nouvelle star de la littérature américaine. Jusqu’à ce que le monde entier découvre que ce personnage est l’invention d’une écrivaine d’une trentaine d’années. D’après l’œuvre originale de Savannah Knoop (Girl Boy Girl: How I Became JT Leroy), Justin Kelly met en scène cette imposture et interroge le sens des réalités qui entoure une «affaire culturelle» de masse.

On peut en effet parler d’«affaire» entre Savannah Knoop et la littérature. Une affaire touffue. L’intérêt majeur de ce film est de démontrer à quel point il est facile d’adorer des personnalités, de les ériger au rang de dieux de l’Olympe, à cause de leur vraisemblance, offrant sur-le-champ une solution au monde actuel, un réconfort aux tracas, une accalmie générale. C’est l’effet que faisait Jeremiah Terminator LeRoy sur les gens. Mais si grand et si justifié qu’a été le succès de certains de ses textes de son «vivant», la population a considéré nul et non avenu l’ensemble de sa carrière dans la mesure où lui, aussi, était un personnage de fiction.

Aujourd’hui, sur les traces d’Émile Ajar, on sait pourtant que ceux qui ont cherché à exprimer le monde visible sans souci préconçu, ont donné des œuvres d’une importance plus grande et plus durable. De cette situation extrême (très inspirée), le film donne une vision qui paraît d’abord édulcorée. Mais en montrant, ensuite, un retour vers l’humanité bien difficile, le réalisateur revisite avec justesse le trauma des personnages. Laura Dern compose une «mère» courageuse, à la fois lumineuse et dévastée. Sa composition anti-glamour fait écho au désespoir de Laura Albert – lasse d’être rejetée comme artiste parce qu’elle est une femme dite «banale» – et aux doutes de Savannah, jouée par Kristen Stewart, submergée par les passions qui déferlent sur elle.

Lou Reed, Liv Tyler, Madonna, Gus Van Sant ou encore Asia Argento (qui l’avait adapté au cinéma avec Le Livre de Jérémie) sont tous tombés dans le panneau, organisant à l’époque, à grand renfort de billets verts, des collaborations exclusives avec le légendaire JT Leroy. Pourquoi? Parce qu’il était cool. Il avait vécu, traversé les enfers, et en était ressorti avec un look de hipster.

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