Interview Hpg

Dans On ne devrait pas exister, HPG se met à nu émotionnellement et règle ses comptes, fâché avec lui-même. Le faux dilemme binaire du film (hardeur ou acteur dans le traditionnel) cache le portrait d’un mec, fascinant ou irritant selon les sensibilités. En interview, il ne faillit pas à sa réputation : Hyper-sensible, Provocateur, Génial.

Dans quelle mesure vous êtes intervenu dans l’élaboration du dvd ?
J’ai choisi de mettre le film et de sélectionner les bonus. T’as vu le film ? (il rit). J’ai fait appel à mes acteurs, des grands noms du cinéma, pour écrire un film qui tente d’expliquer leur travail. C’est un rendu cohérent, je pense. Je n’ai bossé qu’avec des dingues.

Sur le making-of, pendant la présentation du film à Cannes, vous aviez l’air de bouder.
Non, j’étais tendu parce que j’étais content. Quand je bande, je suis tendu, c’est que je suis content. Je ne sais pas, c’est l’impression que t’as eu et c’est la tienne. Là-bas, j’ai été très bien accueilli sauf à l’Hôtel Majestic, ils ne m’ont pas laissé entrer sous prétexte que j’étais hardeur. Après, ils sont venus s’excuser platement, ces connards. Plus sérieusement, faudrait vraiment être stupide de faire la gueule à Cannes quand ton film est sélectionné. Si certaines personnes se sont ennuyées pendant le film, tant pis pour elles.

Quand avez-vous vu su que vous seriez sélectionné ?
Je l’ai su trois mois avant le jour de la première sélection. Olivier Père nous a dit oui dans la journée, ce qui est assez rare. Il a beaucoup aimé le film alors qu’il n’était pas terminé encore, mais La quinzaine sert à ça : donner un coup de pouce aux jeunes auteurs. Cinécinéma m’a aidé à le terminer avec JEM production. Je rêverais de reformer ce trio-là pour le prochain.

Vous concevez qu’on puisse ne pas comprendre où vous avez voulu en venir ?
Donc tu n’as pas aimé. Tu sais, tu peux le dire que c’est une merde, hein ?

Quelle était votre envie avec ce film ?
Mon envie, c’est d’en faire un deuxième, déjà, et aller là où je ne voulais pas aller. Histoire d’agrandir mon champ cérébral et de me forcer à faire des choses que je ne veux pas faire pour de bonnes raisons.

C’est-à-dire ?
C’est une toute autre histoire. Ça parle d’une femme et de son enfant (il rit). Je suis dingue donc le film est un peu dingue. Pour revenir sur On ne devrait pas exister, mon envie était de prendre une liberté totale envers moi-même, arrêter d’écouter les conseils des petits connards qui ne bossent même pas avec leur argent alors que c’est le mien et qui prétendent savoir ce qu’est un acteur alors qu’en général, ils jouent mal. Ce sont des trous du cul qui ont peur de la liberté devant une caméra. J’avais envie de dépasser ces « bons conseilleurs, mauvais payeurs », essayer d’être heureux par le biais de la caméra et le fait même de tourner avec une équipe et de transmettre cette joie au spectateur. Sinon, en ce qui concerne l’histoire, t’en tires ce que t’en veux, mon petit gars.

Votre discours justifie la scène du cours Florent.
Je ne critique pas les acteurs du cours Florent. Pour moi, la critique doit avoir une valeur courageuse. Si je faisais de la politique, je pourrais me permettre d’en vouloir à certains cons. Mais là, aux mecs du cours Florent, vu qu’ils ont joué le jeu et puis comme je suis fayot en promotion, ça évite de critiquer les autres. L’idée, c’était de montrer un mec sur scène qui a des problèmes de sociabilité. Il voulait s’adresser aux autres mais il s’y prend mal. C’est plutôt un mec qui se critique lui-même. L’idée qu’il faut retenir du film, c’est qu’il faut s’assumer soi-même. A la fin, le mec finit par s’assumer. Mais c’est une fin ouverte. J’aime bien que le spectateur se fasse sa propre opinion.

Qu’est ce qui vous ressemble dans le personnage que vous mettez en scène ?
Chaque scène débute dans la réalité et après, elle bascule dans l’abstraction. Le spectateur se demande à partir de quel moment ça devient faux. Je dirais qu’il y a 80% de réalité et 20% de fiction. Certains pensent qu’il y en a 100%. En ce qui me concerne, c’est le basculement qui m’intéresse.

Est-ce que vous êtes cinéphile ?
Je suis cinéphile. Enfin, je ne suis pas cinéphile dans un esprit cinémathèque française. Je ne peux pas argumenter sur des parcours de cinématographie. Je vois plein de films différents, pas que des films de cul. L’idéal pour moi serait qu’on me force à aller voir un film, que je le découvre et qu’il est bien. J’ai beaucoup d’a priori comme mec. Mettons un film comme Chacun cherche son chat, de Cédric Klapisch. J’étais allé le voir pour de mauvaises raisons et quand je l’ai vu, j’ai trouvé ça très bien. J’aime tout ce qui est scénaristiquement bien foutu. Il faut surtout que ce soit bien joué. Il y a tellement d’acteurs qui jouent mal, tous ces trous du cul qui nous emmerdent avec leurs histoires d’ego. Je ne stigmatise pas que le cinéma français, je suis mondialiste comme mec donc les problèmes sont pareils. La différence avec les Américains, c’est qu’ils ont plus de budget pour développer leurs films. J’aime bien les gros films américains comme les trucs intimistes : le cinéma italien, la chorégraphie des films japonais. Du moment que c’est bien joué et que je capte bien l’histoire, ça m’intéresse. Je peux regarder une comédie musicale, sans problème. S’il y a bien un genre difficile à réaliser, c’est ça. J’aime le cinéma extrême de Noé comme je peux aimer un film érotique très coloré.

Vous connaissez le cinéma de Tinto Brass ?
Je me suis masturbé une dizaine de fois sur La clé. Je pèse mes mots. J’adhère beaucoup à l’esprit masturbatoire d’autant que l’actrice est belle. La dose d’érotisme contenue dans ce film me plaît beaucoup. Voilà l’angle pour celui-là : la branlette. Plus généralement, un film traditionnel mauvais avec une belle actrice peut servir à la masturbation. Un mauvais film X ne sert quasiment à rien.

Pour vous, quelle est la définition d’un bon acteur ?
Un bon acteur, c’est quelqu’un comme Benoît Fournier qui se lance à fond et apprend plein de choses. A cause de son physique ou de sa structure mentale, on lui interdit l’accès à des plateaux alors qu’il aurait vraiment sa place.

Quel est votre point de vue sur le cinéma traditionnel qui s’essaye au porno depuis quelques années ?
Ils ont raison. La sexualité explicite est une extension vers laquelle ils ont envie d’aller. Le problème, c’est qu’ils ont des contraintes d’horaires et d’interdiction qui font qu’ils n’ont pas le budget pour le faire. C’est plutôt une question de non-budget que de rajouter une scène de cul et que le film devienne interdit aux moins de 18 ans. Ils préfèrent ne pas la mettre pour rentabiliser parce qu’en grande partie, le cinéma est un sport de riches. La sélection se fait par l’argent. Il faudrait qu’il y ait plus de cul et moins d’interdiction. Et puis qu’ils réalisent leur film de cul sans nous faire chier avec leurs histoires dont on n’a rien à secouer. Ils n’ont qu’à assumer leur part de sexualité sans chercher des prétextes avec des acteurs dont le seul exploit va être d’apparaître nu sur une table de cuisine.

Comment considérez-vous la démarche des réalisateurs du traditionnel comme Bertrand Bonello ou Catherine Breillat qui sont venus vous chercher ?
Je n’avais pas trop aimé le film de Bonello. On a commencé à en discuter. Mieux vaut ne pas aimer le travail de quelqu’un et qu’il t’explique pourquoi que de se cirer les pompes et se dire « je t’aime, je t’aime » sans le penser. On a construit notre relation devant la caméra. Son texte est au cordeau. Ce type est très intelligent. C’est à cause d’une incompréhension de ma part quant à ce film auquel j’avais participé qu’on a construit un lien et qu’on a bien bossé.

Vous aimez travailler dans la confrontation ?
Non, ça doit être avant tout un plaisir. La saine confrontation, oui, mais la violence et les gens qui se foutent des torgnoles pour pleurer, c’est non. Bien que parfois, quand je vois la qualité de jeu de certains acteurs, une bonne torgnole leur ferait du bien au lieu d’aller faire le mariole à Cannes pour se pavaner. Enfin bon, heureusement que les mauvais ont le droit de jouer parce que sinon il n’y aurait pas de sport. Ce serait un ghetto. Mais quand ils m’accepteront, je serai plus gentil avec eux.

C’est-à-dire ?
Je ne suis pas encore bien accepté. Je deviendrai un faux-cul qui fermera ma gueule le jour où on m’invitera sur d’autres plateaux. Je ne peux pas te dire moi-même si je suis un bon acteur. Normalement, je devrais avoir un bon agent bien connu qui me caserait quelque part. Je n’ai rien contre ce mode de fonctionnement. Je suis producteur aussi. Je fais un boulot qui est basé sur la sincérité donc la sincérité ne peut que toucher des gens. Sinon, je suis célibataire maintenant. Donc je peux de nouveau coucher avec des nanas du traditionnel. Si tu peux mettre ça… Je ne sors plus avec LZA, on s’est quittés en très bons termes. S’il y a des actrices ou des réalisatrices qui sont intéressées par moi, je suis là. En ce moment, je cherche à faire l’amour avec des nanas du traditionnel, même si je préférerai toujours une actrice X qui se fait bien sauter et qui imite bien l’orgasme à une Shakespearienne qui va mal lire son texte. J’adore baiser avec les journalistes aussi. J’ai couché avec des nanas qui posaient des questions sur mon érection. Ce sont souvent de très belles nanas, j’adore le côté taquin qu’elles peuvent avoir.

Et Breillat ?
J’ai détesté bosser avec elle. Breillat nous a traités comme de la merde. Elle a tenu à ce que l’on bosse sans capote et on était tous parqués au fond du tournage en nous traitant avec mépris. D’ordinaire, je ne suis pas susceptible. Enfin, si, je suis susceptible. Mais c’était révoltant.

C’était sur Romance X. Qu’est-ce que vous avez pensé du film en le voyant ?
Honnêtement, rien. Heureusement que Caroline Ducey joue bien. Sinon… Sur le fond, je pense qu’elle est très féministe. Elle a certainement des choses à dire donc elle les dit. En cela, elle est respectable. Après, qu’on ne soit pas d’accord avec elle… Je trouve qu’elle intellectualise trop. Ce qui me reste en travers de la gorge, c’est qu’elle nous ait traités comme ça alors qu’elle aurait dû nous aider.

Que conservez-vous de votre collaboration avec Martin Cognito ?
Il est bien. On parle de moi ou on parle des autres ? Non, je déconne. Avec lui, j’ai beaucoup appris, il a un très bon chef-op qui a bossé avec Maurice Pialat et qui a une approche cinématographique intéressante. D’autre part, Cognito est quelqu’un d’excessif et de marrant. C’est un spectacle à lui tout seul. Mais un bon spectacle. Pas comme les autres.

Que pensez-vous de la représentation de la sexualité dans les cinémas de Gaspar Noé et Larry Clark, tous deux réunis dans le film-à-sketches porno Destricted ?
J’aime beaucoup Larry Clark. Gaspar est un de mes réalisateurs préférés. Cet enfoiré a d’ailleurs intérêt à m’embaucher. Il vient me taxer mes films de cul chez moi le soir. Il aime bien Les mamies perverses. Il est dingue de l’humanité de ce film. La voisine au corps fatigué fait fantasmer. J’aime ce que fait Gaspar parce qu’il y va à fond. Il est courageux et il filme admirablement bien. Je me sens très proche de son cinéma. Je me rappelle qu’à Cannes, j’ai fait semblant de l’étrangler dans une boîte parce que je trouvais qu’entre nous deux, il y en avait un de trop. Je voulais l’éliminer physiquement. En fait, il réalise des films que je rêverais de faire. Pour mon prochain film, c’est un peu mal barré (il rit). En ce moment, il est au Japon en train de tourner son nouveau long. Quant à Larry Clark, il raconte bien les histoires et fait de beaux portraits. Ça plaît beaucoup à LZA donc ça me fait plaisir. On se sent proche de son cinéma. Le Noé que je préfère, c’est Seul contre tous. Le Clark, c’est Ken Park.

Comment est venu le choix du titre ?
Le titre d’origine était : « on ne devrait pas exister mais on va le faire quand même ». A l’avenir, je ne vais pas prendre des titres à connotation négative. Ça a pu effrayer pour de mauvaises raisons.

Qu’est-ce qui a été le plus dur au moment du tournage ?
La première équipe que j’avais ne croyait pas en moi. Ce qui fait que j’ai viré ma première équipe. Ce qui est quand même assez dur, financièrement. Il me donnait toujours des bons conseils. Si je les avais écoutés, j’aurais fait un film mièvre et je n’aurais jamais « osé » faire ce que j’ai fait. Les petits mecs avec leurs préjugés qui sortent des écoles. Pour jouer les mecs bourrés, il ne faut pas boire par exemple.

Vous êtes saouls dans cette scène ?
Oui, je me suis bien bourré la gueule. Bosser bourré, c’est bien, non ? C’est un luxe que je me suis permis.

Y a-t-il eu beaucoup de scènes coupées ?
Il y a surtout eu beaucoup d’improvisation mais l’improvisation empêche parfois de tourner la scène suivante et apporte des informations qui n’ont pas toujours leur place dans le film.

Est-ce qu’il y avait un désir de prendre à contre-pied avec ce film qui peut ne pas répondre aux attentes de vos aficionados ?
Si je fais ça dans le traditionnel, c’est pour parler d’autres choses. Je passe 16 heures sur ma boîte de prod. Je n’ai pas assez de temps pour bosser sur mon second long. Mais je ne veux pas parler de cul, tout le temps. Ça prend du temps à gérer une petite entreprise comme la mienne, mais au moins je peux bosser chez moi à poil toute la journée.

Il y a presque quelque chose de déviant dans On ne devrait pas exister.
Mais je suis un être déviant pour l’extrême droite. En politique, il n’y a que José Bové qui a dit que les films pornos étaient sains pour les taulards. C’est le seul qui ait eu un discours politique sur l’industrie du porno. Après, tout le monde en regarde et tout le monde le critique.

On a l’impression que vous étayez aussi le complexe d’être un hardeur dans la vie de tous les jours et de manquer de reconnaissance.
Je ne vais rien t’apprendre en te disant que le milieu du porno est très machiste. Pour une actrice, c’est plus dur parce qu’elle est forcément ghettoïsée. Quand tu fais actrice porno, tu es sûre de ne pas pouvoir faire caissière dix ans plus tard parce que les gens te reconnaîtront. Dans notre société, on voit d’un bon œil un étalon mais pas une nana. J’ai sûrement été confronté à des rejets mais c’est comme ça. Dans le milieu porno, je pense qu’on est suffisamment con pour se ghettoïser soi-même. Je pense en même temps qu’il existe des gens de bonne volonté qui ne sont pas là que pour juger. Non seulement on n’est pas de bons comédiens mais surtout on n’est pas très fins, souvent (il éclate de rire). Du coup, on se met nous-mêmes dans des situations délicates. Après, on est confrontés à la connerie des autres. Ils nous envient, quelque part. Le porno est mal vu par la famille et par la société. Il n’est bien vu qu’au travers d’un film et dans l’univers fantasmatique. Mais côtoyer en vrai dérange beaucoup.

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