Margot (Mara Taquin), jeune interne en médecine, découvre les urgences… et travaille pis qu’au McDo. Vingt-cinq patients par jour, des décisions prises à toute vitesse, une hiérarchie obsédée par les chiffres et une supérieure, le professeur Virgile (Karin Viard), qui semble considérer l’empathie comme une perte de temps. Dans les couloirs de l’hôpital, tout le monde court, tout le monde évalue, tout le monde craque. Margot, elle, est dernière du classement. Alors son corps commence à parler à sa place : éruptions cutanées, plaies, saignements, sueur de sang, jusqu’à des transformations autrement plus inquiétantes. Elle est ainsi coincée entre son apprentissage de la médecine et la découverte progressive de ce qui lui arrive. Autour d’elle, l’hôpital ressemble à une prison aseptisée : les chambres sont minuscules, les couloirs interminables, les fenêtres presque impossibles à ouvrir. À mesure que ses symptômes s’aggravent, d’autres jeunes patients apparaissent, atteints de troubles similaires. Une épidémie semble toucher les moins de vingt-cinq ans, avec pour points communs une pression permanente, l’épuisement et l’impossibilité de ralentir.
Ici, le body horror devient alors une maladie générationnelle : quand on demande aux corps de tenir toujours davantage, ils finissent par muter. Une mutation comme réponse au burn-out, en gros. Bien sûr, on pense à Grave. Bien sûr, on pense à The Substance. Et le découvrir à l’Étrange Festival, et non pas à minuit au Festival de Cannes, donne envie de relativiser les critiques tiédasses sur la Croisette. Sans grande prétention, Marion Le Corroller cherche son chemin dans le post-Grave et le post-The Substance sans vouloir réinventer la roue du body horror français avec ce scandale organique. De ce point de vue, le résultat reste assez amusant et sympathique, d’autant qu’il a le mérite de trouver une idée solide pour faire tenir ensemble ses mutations corporelles, son humour noir et sa critique sociale : et si le corps finissait tout simplement par ne plus supporter le monde du travail ?
Pas pour rien que le film démarre dans un fast-food, avec un influenceur pénible qui réclame son burger tandis que l’employé souriant voit son supérieur compter les secondes de l’interaction. Quand la pression devient insupportable, le serveur saute par-dessus le comptoir et massacre le client. Marion Le Corroller raconte ainsi la pression imposée à cette jeunesse sommée de performer, de réussir et, surtout, de ne jamais montrer qu’elle est à bout. Le corps mutant n’est plus seulement un objet de répulsion : il devient une arme contre ce qui l’a rendu malade. Le film laisse cette logique devenir franchement monstrueuse. Margot, longtemps considérée comme la moins compétente de sa promotion, finit par accomplir une opération d’une virtuosité sidérante, les mains plongées directement dans une cage thoracique. Le geste est à la fois gore, grotesque et libérateur : celle que le système médical jugeait insuffisante devient soudain capable de l’impossible.
Au final donc, des ornières, incontestablement : des effets déjà éprouvés pour traduire la tempête dans la tête (la fameuse snorry-cam de Requiem for a dream, attachée à un acteur, est de retour) ou la tendance au surlignage (tu l’as bien comprise, ma satire ?). Des choses vraiment bien, aussi : un mauvais goût assumé (la scène de l’accouchement dans les wawas !) ou la Karin Viard pète-sec qui renoue avec le fantastique de Jeu d’enfants (Laurent Tuel, 2001). Pas de quoi crier au nouveau Citizen Kane, mais pas de quoi bouder son plaisir devant ce mélange de satire, de gore et de fantastique qui, derrière le sang et les chairs qui se déchirent, pose une question beaucoup moins fantastique : combien de temps peut-on encore demander à un corps de tenir ? Et combien de temps allons-nous toutes et tous tenir avec ce système infernal ?
| Avec : Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Stefan Crepon… Scénario : Marion Le Corroller, Thomas Pujol Photographie : Guillaume Schiffman Montage : Jérôme Eltabet Musique : Rob Production : Carole Lambert |



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