Plus qu’adoubé côté horreur, l’Indonésien Joko Anwar ajoute, avec Ghost in the Cell, une nouvelle corde à son arc en matière de genres, investissant ici le terrain de la comédie burlesque aux accents gore, mais surtout celui d’un centre pénitentiaire. Au centre du récit, Dimas, journaliste emprisonné après le meurtre sauvage de son patron, qui découvre bien rapidement la dureté des lieux, mais surtout l’étrange vague de meurtres qui y prend peu à peu place, comme si une entité incontrôlable rôdait là.
Pas besoin ici d’aller plus loin que la séquence introductive du film pour comprendre où l’on a mis les pieds : une musique folk étonnamment good vibe, des lieux visuellement artificiels que la mise en scène met pourtant intelligemment au service de son dynamisme, puis un surgissement de violence sans sommation pour repeindre les murs de lambeaux de chairs. Façon série B d’un temps révolu, le projet annonce alors son refus des fioritures, au cœur de l’écriture de ses personnages monochromatiques que l’on présente à peine. Une séquence de groupe à la cantine à coups de montage expéditif et de dialogues à gros sabots, puis une autre au parloir qui semble speedrunner une relation paternelle à peine émouvante, et le tour est joué. L’intérêt n’est ici donc pas dans l’individuel et la caractérisation creusée, mais bien du côté d’une énergie de groupe dont le cinéaste sait largement tirer parti.
Face à des interprètes aussi efficaces dans la rupture comique et la gesticulation grotesque, pourquoi en faire trop ? Les effets sont certes rarement révolutionnaires, quoique l’on trouve là quelques idées visuelles audacieuses lorsqu’elles investissent le cadre et la physicalité à la façon d’un morceau de cartoon slapstick, mais fonctionnent pourtant franchement tant tout est assumé plein cadre, parfois sans beaucoup de jeu de caméra, la science du grotesque étant souvent dans le dosage. Reste que l’on perd dans cet élan toute possibilité de voir une véritable tension s’installer, l’esprit bis conférant un caractère assez cheap aux enjeux en place, de même que les archétypes convoqués, toujours gonflés à l’esprit des années 80, finissent par lasser au moins émotionnellement. C’est là sans doute le résultat d’un film qui, certes encore loin de virer à la suite de sketchs, semble jouer le moment et le gag au jour le jour, sans nécessairement penser au suivant.
Les idées fusent alors, particulièrement au fil d’un deuxième acte qui ose le gag méta (une séquence de douche où la caméra évite soigneusement les entrejambes des personnages) comme la pirouette de kung-fu inattendue. En somme, tout ce qu’il faut pour qualifier Ghost in the Cell de pure cour de récréation filmique comme seuls les festivals de genre savent en offrir, peu importe les défauts inhérents. On régresse avec plaisir, puisque le mouvement est noble. En cela, les séquences façon slasher touchent assez juste. Mises en scène de façon plutôt quelconque, entre poncifs visuels et plans moyens vaguement inquiétants, elles contiennent en leur sein des effets gore comme on en trouve bien trop rarement, renouant avec la tendance de Hannibal à changer la chair en pâte à modeler et les cadavres en œuvres d’art impressionnantes. Cumulé au design cauchemardesque de l’entité antagoniste, qui ne manquera pas de faire pâlir quelques trypophobes, il y a là tout ce qu’il faut pour se laisser aller au plaisir du bis le plus épuré qui soit, dans une dévotion sincère à chaque effet, pratique ou virtuel, quitte à y trouver une efficacité à géométrie variable.
C’est peut-être aussi là que se trouvent les limites d’un Ghost in the Cell qui, à se vouloir plus adolescent que tout, vire parfois au puéril un poil lourd en ne sachant quand arrêter la blague. Le dernier quart du récit en devient malheureusement assez pénible tant les gags déjà répétés s’y écrasent de façon cheap, autant que les poncifs éculés tendent parfois à gêner. Du zinzin détraqué sexuel plus cliché que tout à la masculinité hypertrophiée jusqu’à certains gags dépassés, on se dit parfois que ces figures décorrélées de l’époque contemporaine ne peuvent trouver un plaisir nostalgique qu’éphémère. C’est finalement parce qu’il se retrouve écartelé entre une forme passée et un présent qui ne lui permet plus d’exister tel quel que Ghost in the Cell, aussi jouissif soit-il sur l’instant, s’essouffle un peu en bout de course.
| Avec : Abimana Aryasatya, Almanzo Konoralma, Aming Sugandhi, Arswandy Bening Swara, Bront Palarae… Scénario : Joko Anwar Photographie : Ical Tanjung Montage : Joko Anwar Musique : Aghi Narottama, Tony Merle Production : Tia Hasibuan |



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