[ELECTRIC DRAGON 80000V] Sogo Ishii, 2001

Electric Dragon 80000V est moins un film qu’une décharge électrique de 55 minutes. Sogo Ishii y imagine un Tokyo en noir et blanc peuplé de super-héros punk : Dragon Eye Morrison, détective spécialisé dans les lézards, est parcouru d’électricité depuis un accident d’enfance ; Thunderbolt Buddha, son double maléfique, possède lui aussi ce pouvoir. Leur affrontement importe finalement moins que la manière dont Ishii transforme cette idée absurde en objet cinématographique totalement déchaîné. Tourné en seulement trois jours avec une équipe réduite, le film assume une logique de bricolage punk. Le scénario tient presque du prétexte : quelques personnages, un duel annoncé, beaucoup d’électricité et surtout une envie permanente d’aller plus vite, plus fort, plus bruyamment. Les dialogues sont volontairement absurdes et l’histoire reste suffisamment mince pour que le film ressemble parfois à un manga mis en mouvement ou à un clip musical sous tension.

Car c’est dans la forme qu’Electric Dragon trouve sa véritable raison d’être. Le noir et blanc très contrasté, les cadrages agressifs, les effets dessinés à la main et le montage saccadé donnent au film une esthétique à mi-chemin entre le manga, le cinéma punk et le cinéma expérimental. On pense évidemment à Tetsuo, mais Ishii cherche moins la folie industrielle de Tsukamoto qu’une forme de pur plaisir graphique. Chaque image semble vouloir arracher le spectateur à son siège. La musique est indissociable de cette expérience. Issue de la collaboration entre Ishii et Tadanobu Asano au sein de Mach 1.67, elle ne se contente pas d’accompagner les images : elle les propulse. Punk, bruitiste et saturée, elle transforme le film en performance audiovisuelle. Electric Dragon fonctionne comme un concert dont l’écran serait devenu la scène. Tadanobu Asano et Masatoshi Nagase jouent leurs personnages avec un sérieux parfaitement disproportionné par rapport à l’absurdité de l’ensemble. C’est précisément ce décalage qui fait fonctionner le film. Il n’y a pratiquement aucun développement psychologique, mais une véritable présence physique : corps électriques, guitares, grimaces et gestes excessifs deviennent le langage même du film.

Là où Tetsuo transformait son délire en véritable cauchemar organique, Ishii semble parfois se contenter de faire durer l’idée aussi longtemps que possible. Mais ce serait probablement une erreur de lui demander davantage. Electric Dragon 80000V n’a pas été conçu pour développer un univers complexe : c’est une expérience, un concentré de punk, de manga et de cinéma de genre. Une œuvre courte, brutale et joyeusement débile qui préfère l’énergie au récit et le style à la psychologie. Une anomalie parfaitement assumée ; et l’un des rares films dont on peut dire que la musique, le montage et les images semblent littéralement électrocuter l’écran.

Moyen-métrage de Sogo Ishii · 55 min · 2001
Genres : Drame, Fantastique, Science-fiction, Thriller
Pays d’origine : Japon

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