À l’automne 1997, Mase est en train de devenir l’un des visages de la nouvelle Amérique rap. Son premier album, Harlem World, paraît le 28 octobre chez Bad Boy et entre directement à la première place du Billboard 200. Il a vingt ans, vient de Harlem, et son ascension a été fulgurante : il apparaît sur Can’t Nobody Hold Me Down de Puff Daddy, sur Mo Money Mo Problems de The Notorious B.I.G. et sur Honey de Mariah Carey. Son rap, c’est un flow lent, souple, presque indolent, qui tranche avec l’agressivité traditionnellement associée au rap de l’époque.
What You Want est représentatif de son talent. Une chanson immédiatement séduisante, produite par Nashiem Myrick, membre des Hitmen, l’équipe de production maison de Bad Boy, avec Sean Combs également crédité à la production. Elle repose sur un sample de Right on for the Darkness, morceau de Curtis Mayfield paru en 1971 sur Roots, dont la guitare apporte à la production une chaleur soul, légèrement trouble. Les scratches de DJ I-Roc apparaissent par petites touches, tandis que Total (Kima Raynor, Keisha Spivey et Pamela Long) fournit le contrepoint vocal avec cette question répétée ad nauseam (« Tell me what you want », « dis-moi ce que tu veux »).
Sorti sur Harlem World comme deuxième single, What You Want séduit par sa retenue, même si l’on fait appel à la panoplie du Bad Boy : l’argent, les bijoux, les vêtements, la promesse d’une vie plus confortable. En fait, il ne parle pas seulement de ce qu’il peut acheter ; il parle de ce qu’il voudrait construire. Il dit vouloir voir la femme à laquelle il s’adresse réussir, ne pas devenir riche en la laissant dans son quartier, et imagine même avec elle une vie familiale à venir. Le refrain de Total transforme alors la chanson en conversation. On y découvre un homme sensible et loyal au débit nonchalant, faisant tout le sel d’un single pop-rap diablement efficace.



