Culte des années 90 : Bran Van 3000 – « Drinking in L.A. »

À la fin des années 90, Bran Van 3000 semble débarquer de nulle part, alors que le collectif montréalais est pourtant déjà à l’œuvre depuis plusieurs années. Formé autour du DJ James Di Salvio, BV3K rassemble des musiciens et chanteurs venus du hip-hop, du rock, de la soul et de l’électronique, avec cette façon très montréalaise de ne jamais choisir entre les genres. Drinking in L.A., premier single du groupe, paraît au Canada en 1997 sur Audiogram et figure sur Glee, premier album d’un collectif qui revendique justement cette liberté de collage. Le morceau est produit par Haig Vartzbedian, qui participe également à son écriture avec Di Salvio et Duane « Nervous Dwayne » Larson. Sa recette paraît aujourd’hui évidente, mais elle ne l’était pas : une guitare rock, une pulsation hip-hop, quelques éclats électroniques, des voix nonchalantes et surtout cette impression de lendemain de fête où l’on ne sait plus très bien si l’on a passé une bonne journée ou complètement gâché la précédente. En somme, un mélange de hip-hop, guitare acoustique, funk, lounge et rock, qualifié par la presse d’alors de « lazy, tipsy ditty », soit une petite chanson paresseuse et éméchée.

L’histoire du morceau (décortiquée ici) commence pourtant bien avant son enregistrement. James Di Salvio raconte qu’il avait commencé à écrire les paroles plusieurs années auparavant, alors qu’il travaillait à Los Angeles comme réalisateur de clips. Il se trouvait dans cette étrange zone de la jeunesse où l’on hésite entre une carrière sérieuse et la tentation de tout envoyer valser pour le rock’n’roll. Le scénario de Drinking in L.A. est d’ailleurs celui d’un réalisateur qui devrait travailler, mais qui préfère traîner, sortir, boire et se laisser happer par les nuits hollywoodiennes. « What the hell am I doing drinking in L.A. at twenty-six? » : cette question devient le cœur du morceau et lui donne toute sa mélancolie légère. Le personnage est censé travailler sur un film ; il finit à Venice, à boire du gin et du jus, à écouter du G-funk et à ne rien faire du tout. Di Salvio avait déjà le refrain et sa mélodie en tête depuis des années lorsque le morceau a réellement commencé à prendre forme.

Le déclic vient d’une guitare. Norman « Nervous Dwayne » Larson, qui avait trouvé son instrument dans une benne à ordures, arrive avec un riff que Di Salvio reconnaît immédiatement comme celui de Drinking in L.A.. Les paroles existaient mais la chanson ne fonctionnait pas encore vraiment : il fallait ce morceau de rock un peu bancal, ce riff presque enfantin, pour faire tenir ensemble les couplets et le refrain. Steve « Liquid » Hawley, issu de la scène hip-hop montréalaise, participe alors à cette alchimie collective ; Haig Vartzbedian, qui avait installé son studio dans son sous-sol, est également de la partie. Stéphane Moraille apporte sa voix au refrain, lui donnant cette dimension soul qui empêche la chanson de basculer dans la simple blague. Di Salvio cite comme influences aussi bien The Clash et Lou Reed que le disco et Martha Wash, ce qui résume assez bien l’ADN éclectique de Bran Van 3000. Dans le témoignage publié par Songwriting Magazine, Di Salvio résume la méthode avec une phrase qui pourrait servir de manifeste au groupe : s’ils avaient trop réfléchi, la chanson ne serait probablement jamais née. À sa sortie, le titre connaît d’abord un succès limité au Royaume-Uni : il atteint la 34ᵉ place en juin 1998. Puis le temps fait son étrange travail. Utilisé dans une publicité pour la bière Rolling Rock au Royaume-Uni, le morceau est réédité en 1999 et grimpe cette fois jusqu’à la 3ᵉ place des charts britanniques. Comme quoi…

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