Anne Clark arrive au début des années 1980 par la poésie avant d’arriver véritablement par la musique. Née à Croydon en 1960, elle quitte l’école à seize ans, travaille notamment dans un hôpital psychiatrique puis dans un magasin de disques, avant de participer à la programmation du Warehouse Theatre et de se produire au Cabaret Futura de Richard Strange, haut-lieu de la scène expérimentale londonienne. Son premier disque, The Sitting Room, paraît en 1982 sur Red Flame. Changing Places, l’année suivante, repose sur deux approches musicales distinctes : David Harrow signe les compositions des six premiers titres, tandis que Vini Reilly, le guitariste de The Durutti Column, compose les cinq derniers. Le beau All Night Party arrive en huitième position, sur cette seconde partie, aux côtés de Echoes Remain Forever, Pandora’s Box, Feel et The Last Emotion.
All Night Party dure un peu plus de quatre minutes et repose sur un dispositif étonnamment simple. Clark y décrit une soirée passée dans un coin de la pièce : elle regarde quelqu’un danser, un verre à la main, tandis que ses propres mains restent vides. Elle voudrait être ailleurs, à des kilomètres de cette fête où elle est pourtant venue. La guitare de Reilly ne cherche jamais à transformer ce texte en chanson traditionnelle. Elle laisse de l’espace autour de la voix, installe quelques motifs, puis les laisse revenir. Rien ne cherche à remplir l’espace, et la guitare ne semble jamais vouloir prendre le dessus sur la voix. Au fond, c’est une fête censée être collective qui devient le décor d’une solitude très concrète : regarder les autres, tenir un verre, désirer quelqu’un qui danse ailleurs, puis souhaiter n’être jamais venu. All Night Party ne raconte donc pas vraiment une nuit de teuf : il saisit quelques minutes passées à ne pas savoir quoi faire de soi au milieu des autres. Et c’est fichtrement beau.


