Culte des années 80 : Felt – « Cathedral »

L’aventure Felt commence à Birmingham en 1979 autour de Lawrence Hayward et Maurice Deebank, le premier étant le chanteur, le guitariste, l’auteur, bientôt le véritable metteur en scène de sa propre mythologie. Crumbling The Antiseptic Beauty, enregistré en 1981 aux Woodbine Street Recording Studios de Leamington Spa et publié par Cherry Red en février 1982, ne ressemble pas vraiment à un premier album qui chercherait ses marques : six morceaux, un peu plus de trente minutes, aucun remplissage, et une production de John A. Rivers qui laisse tout à découvert. Le disque est curieusement mal équipé pour le rock : la batterie de Gary Ainge est extrêmement dépouillée, sans cymbales, avec ses toms très présents, tandis que les guitares doivent fabriquer à elles seules la profondeur qui manque au reste. Lawrence Hayward racontera plus tard son obsession pour les disques dont il aurait aimé enlever certains éléments (cymbales, basse, tout ce qui encombre) avant d’enregistrer celui qu’il ne trouvait nulle part. Dans un entretien de l’époque dans le New Musical Express, daté du 19 février 1982, Television et les Byrds apparaissent parmi ses références, mais avec cette idée déjà très Lawrence de vouloir retirer quelque chose plutôt que d’en ajouter. La presse britannique de 1982 ne passe d’ailleurs pas complètement à côté du disque : Crumbling The Antiseptic Beauty entre dans le classement des albums indépendants au mois de mars.

Le morceau qui nous foudroie sur cet album s’appelle Cathedral. Il ouvre la seconde face du disque, dure un peu plus de cinq minutes et est signé, comme les six titres de l’album, par Lawrence et Deebank. Nick Gilbert tient la basse sur le morceau et Gary Ainge la batterie. Sur l’album, c’est l’un des rares moments de l’album où une mélodie très nette émerge de cette matière volontairement informe. Le titre n’est d’ailleurs pas une invention de studio : il appartient aux morceaux anciens du groupe et survivra à cette première incarnation. Felt le réenregistrera quelques années plus tard pour la face B de Primitive Painters, offrant au passage une comparaison assez rare entre le Felt des débuts et celui qui a eu le temps de trouver son propre son. Cette seconde version dit aussi quelque chose de la première. Lawrence n’était pas satisfait du résultat de Crumbling The Antiseptic Beauty : il trouvait les chansons trop délicates, trop peu épaisses, et estimait que la batterie avait été placée trop haut dans le mix. C’est assez ironique, puisque cette production qui lui semblait alors ratée est devenue une partie essentielle de l’identité du disque. Sur Cathedral, la basse de Nick Gilbert reste élémentaire, les toms d’Ainge donnent une assise presque primitive et les deux guitares travaillent moins en opposition qu’en superposition. Deebank, surtout, apporte cette façon très particulière de faire entrer la guitare dans la chanson sans la transformer en démonstration.

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