Avec Eple, Röyksopp réussit quelque chose d’assez rare : transformer un sample de jazz en petite mécanique électronique immédiatement mémorisable. Derrière ce morceau devenu familier à force de passages à la télévision, dans les publicités et sur les compilations, il y a pourtant une construction beaucoup plus fine qu’il n’y paraît. Tout part d’un motif emprunté à You’re as Right as Rain, morceau de Bob James paru en 1975. Röyksopp prélève essentiellement quelques secondes de son piano électrique et les métamorphose en une boucle sautillante, aussitôt reconnaissable, sur laquelle viennent se poser une rythmique légère et quelques bips synthétiques. Le résultat ne ressemble plus vraiment à la source : le duo norvégien en conserve l’essence mélodique pour en faire une miniature électronique ludique et solaire.
C’est là toute la force d’Eple. Rien ne semble compliqué. La boucle tourne, la batterie l’accompagne avec une précision presque nonchalante, et le morceau avance sans jamais chercher à produire un effet de puissance. Röyksopp préfère le mouvement doux, le groove et la répétition. Une musique qui donne envie de bouger sans jamais avoir besoin de hausser le ton. Le morceau possède aussi cette qualité particulière des grandes musiques instrumentales : il semble immédiatement appartenir à notre mémoire, alors même qu’on ne sait pas toujours d’où on le connaît. Sa mélodie est suffisamment simple pour être sifflée après une seule écoute, mais suffisamment singulière pour ne pas se réduire à un simple gimmick. Une forme de pop électronique débarrassée du chanteur, où le refrain est contenu tout entier dans quelques notes de piano.
Le titre, qui signifie « pomme » en norvégien, renvoie d’ailleurs à la pochette de Two, l’album de Bob James dont est tiré le sample. Et la boucle ne cesse de produire cette impression de fraîcheur presque enfantine : Eple avance avec une légèreté qui pourrait facilement devenir agaçante, mais qui, ici, reste étonnamment maîtrisée. Sa multiplication sous différentes éditions et remixes a certes fini par émousser son effet de surprise. Mais cette surexposition dit aussi quelque chose de son efficacité : Röyksopp avait fabriqué, dès le départ, un morceau capable de sortir du strict cadre de l’electronica pour devenir une véritable musique d’image. Une fois entré dans le cerveau, il reste pour de bon…



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