On conserve un merveilleux souvenir de Mad About You, deuxième titre de l’album de Hooverphonic, The Magnificent Tree, sorti en 2000. Pour quelle raison, exactement ? Peut-être que ça tient aussi bien de la vieille pop luxueuse, légèrement vénéneuse, qui aurait oublié de choisir entre le générique de James Bond, le trip-hop et la BO d’un film dont on ne connaîtrait que la scène finale. Geike Arnaert, alors nouvelle voix de Hooverphonic, y pose son chant avec cette nonchalance presque souveraine qui empêche le morceau de verser dans le grandiloquent pompier pénible (alors que tout donne l’impression d’y foncer tout droit). Derrière elle, les cordes font leur numéro de haute voltige, la rythmique reste contenue, tout semble flotter dans une brume parfaitement dessinée, soutenant que. Hooverphonic venait du trip-hop (le côté Unfinished Sympathy de Massive Attack qui plane quelque part), mais The Magnificent Tree déplaçait déjà le curseur avec une drôle d’histoire d’amour en toile de fond.
Mad About You a été écrite par Alex Callier, et son inspiration vient de Cathy Dennis, rencontrée lors d’un songwriting camp en Angleterre à la fin des années 90. Un vin jugé « fishy », une dispute qui s’éternisait, puis une virée en voiture à Londres pendant laquelle Callier s’est retrouvé à conduire dans la mauvaise voie… Ce qui aurait pu rester une anecdote de studio est ainsi devenu une chanson sur cette zone trouble où l’attirance et l’agacement commencent à parler la même langue. « Feel the vibe, feel the terror, feel the pain » : dès les premières secondes, le désir est contaminé par la menace. Plus loin, l’être aimé est comparé à un vin douteux ou à une mine antipersonnel prête à exploser ; le refrain, lui, revient inlassablement poser la question de savoir s’il est vraiment raisonnable d’être « maaaaaad about you ». La chanson ne raconte donc pas tant l’amour que l’état second dans lequel l’amour nous met… Le clip (voir ci-dessous) pousse cette ambiguïté jusqu’au bout. Geike y chante son amour pour une étrange créature végétale installée dans son appartement tandis que, dehors, la police tente d’enfoncer la porte (Alex Callier et Raymond Geerts apparaissent eux-mêmes dans cette curieuse opération de sauvetage).


