Acceptable in the 80’s n’est pas vraiment une chanson sur les années 1980 : c’est une chanson sur le fantasme des années 1980, leurs synthétiseurs en plastique, leurs couleurs criardes, leur musique disco passée au filtre de la technologie et cette étrange nostalgie pour une décennie dont les signes sont devenus plus célèbres que les réalités. À seulement 23 ans, l’alors jeune Écossais Calvin Harris avait déjà compris quelque chose que beaucoup de producteurs mettraient des années à saisir : le kitsch peut être une matière première pop extraordinairement efficace. Et il n’a besoin, pour le démontrer, que de quelques synthés, d’une basse sautillante et d’un refrain idiot.
« It was acceptable in the 80s ». La phrase tourne en boucle, presque comme une publicité pour une époque disparue. Mais acceptable pourquoi ? Les épaulettes ? Les claviers numériques ? Les coupes de cheveux ? La pop synthétique ? Les vêtements fluorescents ? L’argument n’est pas historique, il est esthétique. Les années 1980 ne sont pas ici racontées : elles sont réduites à un paquet de signes immédiatement reconnaissables. Quelques secondes suffisent pour voir apparaître les néons, les boîtes de nuit, les claviers analogiques, les clips aux couleurs saturées. Harris ne ressuscite pas les années 1980, il les transforme en décor. En 2007, l’esthétique rétro est déjà partout. La mode, la publicité, le cinéma, la musique électronique : tout semble regarder derrière son épaule. Les années 1980 deviennent alors une sorte de terrain de jeu débarrassé de son contexte, une gigantesque boutique de souvenirs où l’on peut piocher un son, une silhouette ou une texture sans avoir à assumer toute l’époque qui les accompagnait. Sur ce titre, Harris fait exactement cela avec la musique. Il prend le kitsch, le retourne comme une veste à paillettes et le remet sur la piste de danse.
On était alors ravis de découvrir ce jeune producteur écossais un peu gauche, aux cheveux bouclés et au visage juvénile, qui semblait davantage sorti d’une chambre d’étudiant que d’un club londonien. À cette époque, Harris construit encore ses morceaux seul, dans une logique presque DIY, loin de l’arsenal dont disposera plus tard le futur superstar DJ. Ce n’est pas encore le Calvin Harris des gigantesques festivals, des tubes mondiaux et des productions calibrées pour les radios internationales. Il est encore un producteur obsédé par les références musicales qu’il a grandi en écoutant, et son premier album, I Created Disco, ressemble davantage à un manifeste esthétique qu’à un plan de carrière.



