[critique] Team America, police du monde de Trey Parker & Matt Stone

Team America est une force policière internationale en charge de combattre le crime et le terrorisme. Afin de maintenir la paix dans le monde, elle doit foutre le bordel partout où elle passe, tirer sur n’importe quel quidam et surtout affronter un puissant dictateur nord-coréen qui vend des armes de destruction massive à des malfrats. Pendant ce temps, Hollywood s’énerve, Sean Penn hurle à l’injustice et Matt Damon passe pour un gros benêt.
Trey Parker et Matt Stone, le duo de Capitain Orgazmo, est de retour. Leur ambition ici ? Tourner en dérision la paranoïa américaine post-11 Septembre accrue par les médias et les discours alarmistes de Bush fils. A l’origine de South Park, excellente série animée qui, à travers les yeux de quatre gamins, dresse un portrait au vitriol des Etats-Unis avec un humour dévastateur et une grossièreté hilarante, Parker et Stone ne sont pas connus pour faire dans la dentelle mais c’est précisément pour cette raison qu’on les adule : leur immense audace force au minimum le respect. Ainsi, dès la scène d’ouverture dans un Paris obsolète et cliché, une équipe d’élite débarque et zigouille des terroristes islamiques. D’emblée, le duo dénigre une Amérique belliciste et place la barre très haut en espérant maintenir l’intérêt avec des blagues cochonnes, un dictateur nord-coréen timbré et des marionnettes câblées.
Leurs cibles ne sont pas celles qu’on pense : en se plaçant (ironiquement) du côté de Bush et des GI ; en se moquant (ouvertement) de tous les donneurs de leçon démagos plus sectaires que les fascistes, le duo dynamite furieusement les conventions du film de guerre avec des personnages uniformément stupides, des situations graveleuses (une scène d’amour tout sauf romantique) ou des chansons hideuses aux paroles savoureusement détournées. Si on est surpris par l’absence de quelques têtes de turc récurrentes (Barbara Streisand en tête de gondole), de nouvelles arrivent et elles ne sont pas simplement égratignées (Michael Moore, en premier lieu, ici kamikaze extrémiste, décrit comme un énorme faux-cul socialiste). Comme dans South Park, le film, le gratin Hollywoodien a également droit à son horrible caricature : Susan Sarandon, Tim Robbins, Helen Hunt ou encore Sean Penn passent sous le rouleau compresseur et finissent par s’affronter dans un bain de sang (ce qui explique l’interdiction aux moins de 17 ans lors de la sortie du film aux Etats-Unis). Eternel punching-ball du duo, Alec Baldwin continue cependant de se faire aligner au poteau. On ne change pas une formule qui gagne.
Mais à force de pousser le bouchon trop loin et de prendre des positions, rien n’est parfait. Les saillies sont bien vues mais les provocations judicieusement placées compensent un script rachitique qui passe entre deux fous rires comme lettre à la poste. Pourtant, il est impossible de résister à cette bombe à retardement qui redonne tout son sens au mot pamphlet. Le discours final qui démontre qu’il n’y a rien de plus fédérateur que la scatologie mérite à lui seul qu’on assiste à ce spectacle furieusement déjanté, régulièrement drôle et gravement cynique. A l’heure où le politiquement correct frappe de plein fouet le cinéma US, rien n’est plus réjouissant qu’un film méchant qui affirme clairement qu’il a des couilles.

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