[critique] 9 songs de Michael Winterbottom

Lisa rencontre Matt lors d’un concert. Coup de foudre immédiat : les deux tourtereaux se revoient, baisent, vont à des concerts, prennent des bains, multiplient les jeux érotiques, s’embrassent sensuellement, se disputent, se retrouvent, se quittent. Pas d’obscénité, juste une histoire d’amour éphémère comme on en a tous connu. Les films polémiques sont intéressants parce qu’ils soulèvent des questionnements, transgressent des tabous et remettent en cause le statut du spectateur. 9 songs (interdit aux moins de 18 ans) décrit la passion d’un couple qui ne vit que d’amour et de musique, avec des acteurs qui ont des relations sexuelles non simulées devant la caméra. Fier de sa liberté et de ses audaces, ce film punk va à l’essentiel en s’affranchissant de toute contrainte (quasi absence de dialogue ou de scénario).
Influencé par le roman Plateforme de Michel Houellebecq, le prolixe Michael Winterbottom a signé le film sex, drug and rock’n’roll par excellence dont les velléités provocatrices s’affichent jusque dans des choix formels totalement assumés (recours à la DV pour favoriser l’intimité, lumière naturelle pour sonner réaliste…). On peut se demander ce que le film serait devenu si le documentaire musical avait été dissocié du film X, mais la combinaison, aussi fragile soit-elle, fonctionne. Sans doute parce que Winterbottom enregistre la quintessence du désir et célèbre la puissance du rock avec le même talent. Il réussit à maintenir l’intérêt pour une histoire d’amour éphémère et insère parallèlement des extraits de concert avec entre autres les Dandy Warhols, Primal Scream ou Franz Ferdinand (le film s’ouvre et se ferme sur deux chansons en live des Black Rebel Motorcycle Club). Ce film, très cohérent dans la filmographie de ce cinéaste éclectique, ne ressemble qu’à lui-même. C’est sa qualité et son défaut : il risque d’indisposer ceux qui ne veulent pas succomber au vertige mais de réjouir les autres qui verront qu’il est possible de faire un film pornographique avec des scènes de sexe sensuelles, des acteurs qui savent jouer, des personnages qui ont des états d’âme et une bande-son somptueuse.

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