Bizarre, comme c’est bizarre. À Bombay, l’inspecteur de police Joshi (Adil Hussain) ne parvient pas à se remettre de la disparition de sa fille Aruna, kidnappée 10 ans plus tôt. Dans un rêve récurrent qui hante ses nuits, une ombre noire le conduit au Paradise, un bar de nuit dans lequel des enfants dansent pour le plaisir des adultes…
Dementia en Inde. Non, vous ne rêvez pas et oui, vous avez bien lu. Les bizarreries filmiques existent encore en 2016 et mieux, elles sortent dans les salles de cinéma; ce qui tient presque de la rareté (sic). On en veut pour preuve ce petit Sunrise qui, dans son registre casse-gueule, prouve qu’il en a.
En effet, quelque chose fascine et retient durablement dans ce deuxième long métrage du réalisateur Indien Partho Sen-Gupta. Expressionniste, labyrinthique, atmosphérique, halluciné. Comme un cauchemar éveillé aux visions saisissantes. Et s’il ressemble à ce point à un cauchemar, c’est qu’il traduit la trouille réelle de son auteur qui a failli être kidnappé, petit (« Quand ils ont essayé de m’enlever, j’ai crié si fort que des ouvriers m’ont entendu et sont venus à mon secours« ) et qui a vu ce traumatisme enfantin rejaillir au moment de devenir père. La peur qu’il avait oublié est revenue comme un boomerang. Son Sunrise ne parle que de ça, d’un effet post-traumatique.
Difficile de ne pas voir en Partho Sen-Gupta le petit frère de Anurag Kashyap (Gangs of Wasseypur et Ugly). A mille lieues de la carte postale décorative, Sen-Gupta joue assez habilement avec nos nerfs et cherche l’empathie du spectateur avec un personnage de flic désarmé et poignant, au bout du rouleau, luttant aussi pour rester l’un des seuls flics intègres d’une ville grouillante ravagée par la corruption. Cependant, on constate aussi les limites du séduisant exercice de style, à savoir toutes les influences occidentales qu’un tel film de festival revêt et l’impression persistante que Partho Sen-Gupta a découvert le cinéma underground avec Only God Forgives. Ce qui, entre nous, est un peu léger.
Comme Nicolas Winding Refn, Sen-Gupta filme super bien les ombres, la nuit, la pluie drue, les clubs. Mais certains effets sensoriels se retournent un peu contre lui, s’exprimant au détriment de la narration et de la dramaturgie. D’autant que toutes les options choisies pour résoudre cette affaire très privée se révèlent quelque peu contre-productives.

