Spleen des gangs. C’est l’été. Dayveon a 13 ans, et un grand frère mort trop tôt. Dans la chaleur étouffante de sa petite ville de l’Arkansas, sur son vélo, il traine sa mélancolie. Lorsqu’il intègre le gang local, les Blood, c’est à la fois la violence de ce monde et de nouveaux liens d’amitié qui font irruption dans sa vie…
Aussi poétique que naturaliste. Premier film surgissant telle une comète, Stupid Things de Amman Abbasi nous raconte avec poésie et spleen ce que cela signifie d’avoir 13 ans dans une petite ville du fin fond de l’Arkansas. Par ennui et par tristesse, le héros, chétif, au pas incertain, rejoint les membres du gang local et grandit à ses dépens. C’est court (seulement une heure dix), ça en dit long (sur le deuil, sur l’amitié masculine, sur la filiation). Certes, l’ombre tutélaire de David Gordon Green (George Washington, 2000) qui a consciencieusement cornaqué le projet, hante avec ostentation jusque dans la nature même du projet (le portrait de l’adolescence en dérive), classant le film dans la catégorie du jeune cinéma sudiste dont DGG s’avère le fondateur et un certain Jeff Nichols le héraut. Mais il y a fort à parier que, de la même façon que David Gordon Green était vampirisé à ses débuts par Terrence Malick, cette promesse de talent brut parviendra à s’affranchir de cette influence. Son coup d’essai vaut le détour. En dépit de ses errements et tremblements (et peut-être grâce à), il recèle plein de scènes sensibles et justes qui touchent. Et l’on vantera la capacité à questionner la place de l’individu dans le monde, à retranscrire un monde intérieur par des moyens purement cinématographiques, à faire vivre des fantômes et à combler les absences, à donner une transparence poétique aux personnages et, de fait, à distiller un étrange climat de rêverie éveillée propre à l’adolescence. Qui, en passant, nous rappelle un peu la nôtre.

