Soyons clairs : un premier long métrage français qui balance Love Like Blood de Killing Joke dès l’introduction ne peut pas être foncièrement mauvais… L’impression se confirme par la suite avec le mélange des genres (teen-movie, polar, comédie, horreur, parodie de sitcom), la fluidité de la mise en scène et surtout la rigueur de l’écriture, apportant grâce à un système de points de vue un éclairage nouveau sur ce que l’on a déjà vu une première fois. Certes, le procédé n’est pas nouveau (Rashômon, Pulp Fiction ou plus récemment Elephant) mais il n’est pas exploité ici comme un gimmick de petit malin. Au contraire : il apporte des informations essentielles et rend justice à la psychologie des personnages, moins archétypaux que prévus, incarnés par des acteurs ayant le même âge qu’eux. Pendant ce temps, le suspens (où est passé le Simon Werner du titre?) ne cesse de monter. Pourtant, d’autres éléments intriguent : l’écrin du teen-movie typiquement US qui exacerbe la morosité d’une banlieue française paralysée par l’inertie et l’ennui; la forêt qui, comme dans un conte psychanalytique, catalyse les frustrations sexuelles; les jeunes qui croisent dans la rue des tueurs en série potentiels; les adultes qui dévisagent les ados comme des ogres; et les disparus (de Saint-Agil) qui se multiplient.
En agitant ce monde sous cloche, découlant de ses souvenirs ado, le jeune Fabrice Gobert a plus d’un tour dans son sac pour capter l’attention au moment où il faut, tout en semant des indices sans en avoir l’air. Ça, c’est pour son histoire, ce qu’il nous raconte, ce qu’il assure. Autrement, il réalise exactement le film de mecs – le versant des «films de filles» représentés dans l’Hexagone par La vie ne me fait pas peur, de Noémie Lvovsky et Naissance des pieuvres, de Céline Sciamma – avec l’excitation du genre (et si la réalité basculait dans l’horreur?) et l’acuité du regard sur les jeunes français. Au fond, Simon Werner a disparu… raconte une adolescence – dont on ne se remet pas facilement – entre la coolitude de surface (la pop/rock des années 90) et l’anxiété en profondeur (la nécessité de fuir d’un trou paumé sans savoir ce que l’on veut faire plus tard, avec la peur de croiser le grand méchant loup (grosso modo, s’assumer). On ressent tout ça ici, plus qu’ailleurs. Il y a quelque chose de générationnel dans Simon Werner a disparu… qui fait la différence avec tout le reste et promet de parler à tous les post-adolescents (ados en 90, adultes aujourd’hui) raccrochés à la nostalgie d’un passé – qu’ils ont pourtant détesté.

