Il revient, il n’est pas content. Un vieil homme, survivant de l’Holocauste, parcourt les États-Unis pour se venger d’un passé qu’il ne cesse d’oublier.
Too much chaos. La critique a toujours manifesté beaucoup de mansuétude à l’égard du réalisateur Canadien Atom Egoyan qui, s’il a bien signé quelques grands films dans les années 90 jusqu’au point de non retour, aka Le Voyage de Félicia (2000), a complètement galéré la décennie suivante et encore plus la décennie d’après. Si le pas inintéressant Captives avec un excellent Ryan Reynolds pouvait donner l’illusion d’une renaissance artistique auprès de ses fans transis d’admiration, ce n’est plus vraiment le cas avec Remember qui a la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Tout ne pèse pas trois tonnes, tout pèse des kilotonnes. Dommage car tout n’est pas immédiatement affreux et l’argument (un vieil octogénaire retraité atteint de sénilité qui part en croisade vindicative façon Charles Bronson pour buter un ancien SS responsable de la mort de sa famille) laisse promettre du chaos royal. Passons sur la forme relativement pauvre. Egoyan ne cherche même plus à composer des plans de cinéma, pensant qu’une forme téléfilmesque passera inaperçu, ni même à créer une atmosphère (pour quoi faire, au fond?).
Le vrai problème de Remember vient tout simplement du fond et de cette affreuse sensation que Atom Egoyan commet des efforts surhumains pour donner un second souffle à sa filmographie. Le changement, c’est un peu trop maintenant. Arrêtant désormais la narration façon puzzle, Egoyan met tout à plat et n’évite pas la putasserie, une putasserie que nous trouvions déjà abjecte dans This Must Be The Place de Paolo Sorrentino. Vous vous souvenez sans doute du vieux nazi courant nu dans la neige (vision cauchemardesque)? Ici, vous avez des plans sur un pommeau de douche avec cris des camps en off. Au moment d’Un Élève doué (1999), ce cher Bryan Singer s’était fait démonter la gueule pour moins que ça. Ce pourrait être malsain ou dérangeant, c’est juste embarrassant. Parce que Egoyan ne cherche rien de plus qu’un effet sonore pour rompre avec la monotonie totale de ce qui se passe. Et plus il avance, plus le film embarrasse, à l’image de son suspense. On cherche par quel bout prendre l’interminable séquence que Egoyan voulait « drôle » et que l’on s’empressera de trouver assez gerbos du vieux juif de 86 ans débarquant chez un flic néo-nazi (Dean Morris) dont la chienne s’appelle Eva (ach! ach!). Et, au moment où l’on se demande comment il va réussir à se relever de toute cette grossièreté, Egoyan se vautre lamentablement au gré d’un effroyable coup de théâtre final qui méprise au passage notre intelligence. Inconscient, va.

