Vrais semblants. Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.
J’aimerais, j’aurai, je voudrais, je serais… Voilà un peu le mood récent de notre Ozon national, dont les derniers films agissent en reflets plus ou moins conscients d’autres réalisateurs. Dans la maison guettait Hitchcock par le bout de la lorgnette, Jeune et Jolie ressemblait à une alternative au Belle de jour de Luis Buñuel, et même Une nouvelle amie aurait pu être un Almodovar. Mais, entendons-nous bien, on parlera davantage d’échos ou de clins d’œils, plutôt que de bête copié-collé. Avec L’amant double, vendu comme le thriller panpancucul sulfureux de la Croisette, les choses se compliquent un peu. Car les renvois, trop nombreux cette fois, ne tiennent plus et dévorent littéralement le métrage (ce qui est une belle ironie vu le thème principal). Si l’idée de départ était de triturer un roman de Joyce Carol Oates, on pense quand même beaucoup à la grande période du thriller érotique qui avait tétanisé Hollywood (Basic Instinct, Color of Night, Sang chaud pour meurtre de sang froid, Abus de confiance, Sliver… vous remettez?), hier racolage sur papier glacé, aujourd’hui gourmandise presque camp qui aurait absorbé tous les mécanismes du giallo. Ici, la jolie Chloé finit sa thérapie en fanfare, puisqu’elle fait de son psychiatre son nouvel amant. L’homme parfait jusqu’au jour où elle découvre l’existence d’un jumeau qu’elle va s’empresser de rencontrer pour le meilleur et surtout pour le pire. Hollywood Night on vous dit.
En haut de l’affiche, Marine Vacth et ses lèvres cerises forcent à fond le rôle de la petite chose fragile et sensuelle à la fois, plus d’une fois aux portes du cabotinage face à un Jérémie Renier quant à lui pas loin du ridicule quand il joue au grand méchant aux tirades Wikipedia. Mais au fond, ce n’est pas si grave, puisque ces maladresses participent presque à l’effet Ozon, comme avec Swimming Pool en son temps: elles ont même tendance à attiser la saveur vénéneuse façon «osez ozon», comme ces scènes de sexe que n’oserait jamais le vilain Fifty Shades of bidule (ah le cuni sanglant et le gode ceinture). En fait, L’amant double n’est pas déplaisant à suivre du tout, élégant et très cul comme il faut, en digne héritier du sexy thriller, avec en prime un score sublime et un instant bitchy pour Jacqueline Bisset («PEUTITE PUTE»). Là où le bât blesse, c’est l’armada de symboles et de motifs psy (miroir et reflets partout, trou/vagin, mimétisme et transfert en pagaille) qui clignotent jusqu’à l’épuisement. L’évidence, la gêne, c’est que Ozon se rêve cette fois Cronenberg et ne cherche même pas à le dissimuler: l’emprise de l’esprit sur le corps, la scène onirique façon baise mutante, les jumeaux échappés de Faux Semblants ou l’exposition arty-organique ne sont plus, à ce stade, de simples détails appuyés. Et ce n’est pas tout: Ozon s’imagine aussi Verhoeven et De Palma, ou invite la parano Polanskienne, canalisée par les emprunts à Rosemary’s Baby (le look MiaFarrowesque de Vacth, la voisine chelou et ses gâteaux dégueulasses). La conclusion, avec son parfum de facepalm, parachève le tout: comme si ça ne suffisait pas, Ozon voudrait être aussi un peu Lynch. Allez François, prend un verre d’eau et respire un coup.

