Noir et blanc arty, solitude urbaine, ombre tutélaire de Woody Allen… Sur le papier, cela ressemble à un énième film de petit malin estampillé Sundance. Oubliez : tout ce qui compose ce film minuscule (l’énergie de son désespoir, son humour poli, son charme fou, son cœur gros comme ça) le rend irrésistible. Pour plusieurs raisons.
La première, la plus évidente, c’est Greta Gerwig, de guingois, miracle de chaque plan. La seconde, c’est l’art du dialogue : Frances est très loquace et, honnête, elle a tendance à dire tout ce qui lui passe par la tête, sans filtre. Seulement, derrière le bavardage, se cachent des non-dits, des regards fuyants, des crispations. Et le film d’être passionnant dans sa subtile capacité à faire comprendre « ce qui ne fonctionne pas » (l’héroïne en panne d’équilibre engagée dans de mauvaises voies, la liturgie des actes et le bégaiement des erreurs, les conversations téléphoniques où l’on n’a plus rien à se dire, la disparition progressive des amis et des visages connus…) avant même que Frances ne s’en rende compte. Il ne faut pas comprendre que le réalisateur se (et nous) place au-dessus d’elle, mais avec elle.
Il en va de même avec les ellipses et les effets de montage traduisant au plus juste l’état de Frances à des moments précis de sa vie (le voyage à Paris en plein décalage horaire, la visite-éclair chez les parents) qui ont pu être les nôtres. Si le film séduit autant, c’est aussi parce qu’il part de l’individu, de la marginalité et de la névrose pour tendre à l’universel et rend compte des espoirs déçus de chacun dans un monde sans pitié envers les rêveurs-bohèmes. Même dans la Big Apple. LCD Soundsystem chantait « New York I Love You But You’re Bringing Me Down« . « Frances Ha » raconte exactement ça.

