[CANNES 2024] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 7

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EEPHUS de Carson Lund (Quinzaine des cinéastes)

Dans des sélections où se bousculent les grands noms, il faut parfois savoir oser picorer un peu hasard, et qui sait, tomber sur un petit diamant. Eephus, grand petit film de baseball anti-climatique qui scrute la fin d’une époque, est de ceux-là. Signé de Carson Lund, chef opérateur de Tyler Taormina qui présentait également à la Quinzaine son Christmas Eve in Miller’s Point, ce premier long-métrage raconte – le mot est fort, tant les enjeux dramatiques y sont absents – le dernier match amateur de deux équipes de baseball avant que le terrain local ne soit rasé.

Attestant du délaissement progressif des Américains pour ce sport jugé trop lent par les jeunes générations, Carson Lund parvient à réaliser miraculeusement à la fois un vibrant hommage à ce sport incompréhensible, et un anti-film de sport mélancolique, où l’on redoute plus la fin du match pour ce qu’elle veut dire du délitement d’un groupe que pour le score qui s’affichera au compteur. Ode à la lenteur, au surplace, aux choses que l’on fait non par pour le frisson, mais pour voir le temps couler, Eephus est de fait sans cesse tourné vers une fin qui ne veut pas dire son nom, qui refuse qu’on lui dévoue un quelconque effet mélodramatique, et qui finit par n’en être que plus bouleversante. Cette pudeur-là, magnifiquement incarnée par des comédiens qui donnent vie avec humour à ces deux équipes disparates, se retrouve dans la mise en scène de Lund, s’interdisant tout pathos, filmant ce match en multipliant les points de vue, jusqu’à laisser son film progressivement s’éteindre dans une nuit à l’obscurité salvatrice.

La distribution d’Eephus en France relèverait du petit miracle, tant le film parle un langage inconnu pour notre pays (remplacez l’imbitable vocabulaire de chasse à la baleine de Moby Dick par celui du baseball) et que l’on a un peu de mal à voir qui oserait malheureusement s’y risquer. Croisons toutefois les doigts, car on tient quand même là un sérieux prétendant à la Caméra d’Or, dont on se demande même si, lors d’une scène d’explosion de feux d’artifice hors champ, il n’offre pas à cette année cannoise l’un de ses plus beaux plans. THIBAULT RIVERA

Réalisation : Carson Lund. Scénario/dialogues: Carson Lund, Michael Basta, Nate Fisher. Image: Greg Tango. Montage: Carson Lund. États-Unis, France. Production: Omnes Films (États-Unis), Nord-Ouest Films (France). Durée : 98 minutes

 

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