[CANNES 2024] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 7

LE FILM DU JOUR


MISÉRICORDE d’Alain Guiraudie (Cannes Première)

Jérémie (Félix Kysyl) revient à Saint-Martial pour l’enterrement de son ancien patron boulanger. Il s’installe quelques jours chez Martine, sa veuve, jouée par Catherine Frot. Mais entre une disparition mystérieuse, un voisin menaçant et un abbé aux intentions étranges, son court séjour au village prend une tournure inattendue… Elle est là, la merveille tant attendue du Festival, recalée à une séance Cannes Première qui n’aurait pas dépareillé quelque part en Compétition. Non seulement le père Guiraudie se permet de donner sa propre déclinaison d’un Théorème cévenol dont le sujet lui va en définitive très bien – un personnage trouble s’invite chez l’habitant et vient détraquer de l’intérieur une maison maladivement empêchée par les non-dits – mais le cinéaste semble désormais citer ses propres œuvres, pour ce qui figure comme un croisement génial entre nos deux films préférés du magicien (Le roi de l’évasion et L’inconnu du Lac).

Rallier les pôles extrêmes du film noir de campagne où un suspense clouzotien menace toujours de ramener des cadavres à la surface et celui de la comédie paillarde et dégingandée où les abbés à poil sous la soutane ressemblent à ceux qu’on pourrait trouver dans les plus truculents des Mocky. Ce n’était pas le moindre des paris et celui-ci réussit toujours son virevoltant numéro d’équilibriste, convoquant aussi la noirceur désespérée et toute chrétienne d’un Mouchette (1967). À cela, s’ajoute le leitmotiv de la cueillette aux champignons vénéneux (et bien d’autres figures érectiles d’ailleurs…) qui replaque aussi le film sur un territoire propre à l’enfance, au songe, au conte de fées, et à une absence de surmoi où des jeux d’abord inoffensifs peuvent aller très loin. Le jeune et chaos Félix Kysyl y est merveilleux en ange noir sans âge capable de se glisser à peu près n’importe où dans le cadre, et son corps joue aussi le contraste comique avec ceux des êtres bien en chair qui parsèment toute la filmo du cinéaste. Sans jamais manier la confortable ironie (l’arme préférée d’un Lanthimos, on dit ça par hasard), le Guiraudie nous offre un merveilleux film suspendu à quelque chose qu’on peut appeler un état de grâce. GAUTIER ROOS 

1h 42min | Comédie dramatique
De Alain Guiraudie | Par Alain Guiraudie
Avec Catherine Frot, Félix Kysyl, Jacques Develay

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