[BLACK MOON] Louis Malle, 1990

Dans la filmographie de Louis Malle, Black Moon peut être vu comme l’équivalent d’Alice ou la dernière fugue, dans celle de Claude Chabrol. Construits sur la même figure du rêve labyrinthique et méandreux, ces deux films plongent une actrice dans un no man land français peuplé de gens louches et d’événements bizarres..

Prisonnière d’un cul-de-sac, une jeune femme croise des serpents, des moutons, un mille-pattes noir, des cadavres, un pendu. Elle tombe sur une Licorne qui la conduit vers une demeure mystérieuse hantée par des enfants androgynes et une vieille dame clouée au lit qui garde contact avec le monde extérieur grâce à sa radio, tripote un rat et s’exprime dans un sabir abscons. Pour Louis Malle, Black Moon est l’équivalent de Alice ou la dernière fugue pour Claude Chabrol. Construits sur la même figure du rêve labyrinthique et méandreux inhérente à Alice au pays des merveilles, ces deux films plongent une actrice étrangère (Cathryn Harrison dans le premier, Sylvia Kristel dans le second) dans un univers où germent des événements bizarres. Louis Malle a tourné Black Moon après Lacombe Lucien, dans lequel il transformait un collabo en héros de l’occupation. Le film se terminait sur une image marquante où le protagoniste accompagné d’une jeune fille et de sa grand-mère se perdaient dans une nature hostile. Black Moon agit comme une continuité en démarrant par une séquence agreste où une héroïne sans passé passe de l’autre côté du miroir.

Architecte du temps et de l’espace dans cette expérience, Malle bâtit un univers où chaque élément (son, durée des plans, hors-champ) renvoie à l’autre. La nudité des enfants renvoie à l’image d’un paradis irréel et protecteur, dépourvu de violence. Les notions du mal et du bien semblent avoir été neutralisées. Le récit qui assume ses audaces jusqu’au bout (la sœur qui donne le sein à la vieille, la licorne qui parle, les fleurs qui se plaignent, les humains qui eux ne parlent pas ou très peu) est ponctué de visions poétiques et effrayantes comme celles des poules picorant les yeux d’un cadavre ou d’un aigle décapité. On retrouve dans un second rôle Joe Dallesandro (la trilogie Warholienne de Morrissey) dans le rôle d’un jardinier qui ne communique qu’avec ses doigts. Le film, irrationnel et hermétique à tout présupposé critique, proche des univers poétiques de Cocteau et de Prévert, fut un échec à sa sortie et découragea Louis Malle de persévérer dans cette voie. Il l’a tellement mal vécu qu’il est parti aux États-Unis pour tourner La petite, où une fille de onze ans (la révélation Brooke Shields) tombe dans les cloaques de la prostitution dans un bordel de la Nouvelle Orléans et surtout Atlantic City, avec Burt Lancaster et Susan Sarandon.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!