[CRITIQUE] LOCATAIRES de Kim Ki-Duk

Tae-suk arpente les rues à moto. Il laisse des prospectus sur les poignées de porte des maisons. Quand il revient quelques jours après, il sait ainsi qu’elles sont désertées. Il y pénètre alors et occupe ces lieux inhabités, sans jamais rien y voler. Un jour, il s’installe dans une maison aisée où loge Sun-houa, une femme maltraitée par son mari…

Quelques mois après la sortie tardive d’Adresse inconnue, Locataires, le film le plus récent de Kim Ki-duk, est l’occasion de constater que, de l’un à l’autre, le style a changé mais les obsessions symboliques sont restées les mêmes. La poésie du départ peut légitimement laisser perplexe tant elle a tendance à s’embourber dans la mièvrerie la plus ringarde… Rassurons-nous : passée une première partie volontairement naïve, la suite, violente et cruelle, tendue et métaphorique, contredit la fausse innocuité du ton. Locataires est un mélodrame comme seul Kim Ki-duk sait en faire : subtilement émouvant et résolument grotesque. Quelque chose comme la version terrestre et soft de L’île où des âmes paumées et spectrales vivaient d’amour et de sang.

Au gré des pérégrinations, le cinéaste en profite pour stigmatiser les mœurs (vieil homme qui meurt dans l’indifférence de sa famille couarde, mari détestable, système corrompu, flics et matons atrabilaires…) et dénoncer les conditions des femmes battues. Mais si Kim Ki-duk s’attarde sur des faits prosaïques, il n’en sème pas moins le trouble en jouant sur la personnalité ambiguë de Tae-suk, sorte d’ange protecteur, qui s’infiltre chez les autres pour occuper leur espace vide. Qui est-il ? Un être de chair et de sang ? Une ombre symbole de la culpabilité ? Un fantôme ? Un moyen pour la jeune femme de s’extraire de son marasme social ? Tant de questions qui taraudent l’esprit et renforcent la fascination pour cette œuvre complexe, cérébrale, stimulante, sensuelle. En musardant dans le fantastique, en montrant des personnages mutiques, Kim Ki-duk se permet tout : basculer dans un thriller de vengeance surnaturelle dans le dernier tiers, brouiller la frontière entre rêve et réalité et surtout – c’est en fait devenu sa marque de fabrique – supprimer les dialogues inutiles pour fuir les longs discours explicatifs. Récompensé au dernier Festival de Venise d’un Lion d’Argent, ce film brillant confirme que ce cinéaste sud-coréen est une sorte de magicien qui transcende le quotidien pour le rendre extraordinaire. Qu’il continue à faire des miracles de la sorte !

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