Le 69e Festival de Cannes se déroule du 11 au 22 mai. A cette occasion, nous avons passé un coup de fil à six heures du matin à notre ami journaliste JULIEN GESTER. Allô Julien?
Cannes 2016, édition chaos?
Julien Gester: Forcément, de la rencontre possible de Jean-Pierre Léaud et d’Iggy Pop (là pour un film au titre emprunté à la plus belle chanson du monde : Gimme Danger) au dispositif sécuritaire maousse promis. Rien n’engendre le chaos comme les velléités de l’ordre.
5 films que tu attends le plus cette année?
Julien Gester:
Toni Erdmann de Maren Ade;
Rester Vertical d’Alain Guiraudie;
Aquarius de Kleber Mendonça Filho;
Elle de Paul Verhoeven;
La Mort de Louis XIV d’Albert Serra
Ton souvenir le plus chaos de Cannes?
Julien Gester: Cannes 2007, soirée d’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, juste après la projection du biopic de Ian Curtis, Control, en présence des membres survivants de Joy Division et New Order. Je mixe avec Philippe Azoury. En raison des regrettables évènements de l’année précédente, à base de sono violemment trashée, les organisateurs nous ont logé avec les platines dans une petite cabane loin de la piste de danse, sous bonne garde d’un vigile censé nous avoir à l’œil. Il y a à l’évidence un gros souci avec le son, dont l’égalisation est totalement déséquilibrée avec des médiums complètement bouffés, mais impossible de déterminer d’où vient le problème, et plus encore de le régler proprement, faute d’être suffisamment prêt des enceintes pour entendre précisément ce qui en sort – à défaut de solution, on s’en accommode. Au regard du film fêté ce soir-là, on joue beaucoup de morceaux de Joy Division. Quand je passe Warsaw, la chanson sonne si étrangement à cause du son catastrophique, que le chant de Curtis est inaudible. Un type se pointe à la cabine, l’air saisi, croyant que c’est là un statement esthétique que d’avoir fait disparaître cette voix, nous demandant même où l’on a bien pu se procurer les bandes de l’enregistrement pour réaliser cette version instrumentale qu’il n’a jamais entendue, avant de repartir dépité par mon explication prosaïquement technique. Le type en question, c’était Barney Sumner.
C’est qui qu’aura la Palme d’or?
Julien Gester: Si le chaos doit bel et bien régner, ça se jouera entre Ken Loach et Nicole Garcia.

