Life ist Life. A Bucarest, Costi, modeste comptable, aime lire les aventures de Robin des bois à son jeune fils Alin pour l’aider à s’endormir. Un soir, son voisin Adrian, endetté après la faillite de sa maison d’édition, lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents.
Le film qui porte bien son titre. Un film qui s’intitule Le Trésor doit posséder la qualité d’un joyau et nous éblouir; autrement, c’est de la verroterie et pas la peine de perdre notre temps… Par chance, Le Trésor de Corneliu Porumboiu, réalisateur ayant largement contribué au renouveau du cinéma roumain dans les années 2000 avec ses déjà passionnants 2h08 à l’est de Bucarest et Policier adjectif, en est un.
A l’origine, Porumboiu voulait faire un documentaire sur un ami acteur et réalisateur, Adrian Purcarescu, qui n’a jamais pu terminer son film entamé il y a 10 ans faute de financement. Le cinéaste a donc filmé une interview de cette personne qui lui a raconté une légende locale selon laquelle son arrière-grand-père aurait enterré sa fortune dans son jardin, avant que les communistes n’arrivent au pouvoir. Les deux hommes sont ensuite partis à la recherche du trésor avec une équipe de tournage et un spécialiste en détection de métaux pour enrichir le documentaire. Malgré leurs efforts, aucun trésor n’a été trouvé mais Porumboiu a décidé de transformer cette mésaventure en fiction… Et d’y faire jouer son ami Adrian…
Brodant sur un sujet aussi beau et précieux que l’utopie (parler à travers la quête dorée de ces deux hommes de l’espérance dans un pays en crise), le film cache longtemps son fameux secret: est-ce qu’il y a vraiment un trésor? Et si oui, lequel? Bien entendu, c’est là tout le suspense de l’affaire. Et bien entendu bis, on ne vous dira rien de la nature de ce pactole providentiel et préservez-vous de ceux (les criminels) qui pourraient vous vendre la mèche. Comme disait le laboureur à ses enfants, «Travaillez, prenez de la peine : C’est le fonds qui manque le moins.» Il n’est pas interdit, d’ailleurs, de penser à une jolie fable de La Fontaine devant Le Trésor. Un conte de fées que le personnage principal pourrait raconter à son fils de cinq ans pour raviver le rêve perdu et lui redonner espoir en l’avenir. En écho aux séquences liminaires où il raconte l’histoire de Robin des bois, prince des voleurs… Le beau sujet derrière tout ça, qui est traité de manière discrète et donc bouleversante, c’est cette idée de transmission. Comment un père, sur le point de faire une découverte extraordinaire, va devenir un héros pour son fils en lui racontant sa plus belle histoire. Et parler de la nécessité de raconter des histoires. De filmer ces histoires. De (se) faire des films…
Ainsi, au lieu d’une métaphore péniblement surchargée, Porumboiu préfère mettre en scène avec une infinie élégance l’itinéraire incertain des deux zozos qui pourraient être vous ou moi, qui s’excitent soudain sur quelque chose pouvant tenir du leurre, qui s’engagent dans une odyssée dans un jardin. Et l’on remercie le réal qui, en parlant en filigrane des moments clés de l’histoire de son pays tout en racontant comment le communisme et le capitalisme ont ravagé les consciences, privilégie toujours le déridage de zygomatiques à la théorie rébarbative. A l’arrivée, il signe un film de chaos doux, simple comme bonjour, d’une évidence totale. Intelligence de l’histoire, du texte, de la mise en scène et du cadre. Tout y est profond, tout y est clair, même le mystère.

