« Ton animal maternel » de Valentina Maurel : voici un film qui préfère la combustion lente à l’incendie sensationnel (et merci à lui)

De retour au Costa Rica après des années en Europe, Elsa, 28 ans, retrouve sa sœur cadette Amalia, 20 ans, emportée dans une dérive aussi ésotérique qu’existentielle. Tandis que leur père Nahuel se rassure dans des conquêtes successives et que leur mère Isabel s’absorbe dans la réédition de ses poèmes érotiques de jeunesse, Elsa hésite : tenter de sauver une sœur qui refuse de l’être ou fuir à son tour…

Le film de Valentina Maurel, révélée par le magnétique Tengo sueños eléctricos en 2022, est tout entier construit autour de cette famille disloquée qu’on pourrait sans mal définir comme une superposition de monades : chaque réseau mettant en relation les quatre membres est nimbé de douce amertume. De retour d’exil, Elsa est à la fois le pilier et l’électron libre de cette cellule éparpillée ; le père, relégué à l’arrière-salle du scénario, est un cavaleur maladroit n’ayant pas grand-chose de l’étoffe d’un chef ; la mère semble elle mettre un point d’honneur à ne pas trop interférer dans les affaires familiales, rêvassant peut-être à un monde alternatif où elle aurait pu construire sa carrière plutôt que sa famille… Elsa tente donc de reprendre les responsabilités que ses parents post-baba ne savent honorer, mais, et c’est peut-être ça qui est très bien senti dans le film…

Personne ne lui a demandé d’endosser ce costume (surtout pas sa petite sœur maussade et sa garde rapprochée de weirdo-junkies) : le film questionne les rôles qu’on s’impose de soi-même et qu’on aime, non sans lâcheté, travestir en « obligations sociales »… Et le regard de Valentina Maurel est suffisamment subtil pour qu’on puisse avaler la couleuvre renoirienne selon laquelle chacun a ses raisons : à aucun moment le spectateur n’est invité à trancher dans cette matière sinueuse refusant la voie toute tracée del famoso manichéisme… Prohibant les démonstrations de force et les coups d’éclat – ne vous attendez pas à voir des torrents lacrymaux ou des assiettes valdinguer par-delà le buffet – Ton Animal maternel travaille une très belle émotion rentrée, comme en sourdine, qui préfère la combustion lente à l’incendie sensationnel.

7 octobre 2026 en salle | 1h 45min | Drame
De Valentina Maurel | Par Valentina Maurel
Avec Daniela Marin Navarro, Mariangel Villegas, Marina de Tavira
Titre original Siempre Soy Tu Animal Materno

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