« Resident Evil » de Zach Cregger : la meilleure adaptation cinématographique du jeu

À peine un an après sa consécration critique et publique avec Évanouis (Weapons), dont un Oscar du meilleur second rôle féminin pour Amy Madigan à la clef, Zach Cregger est de retour avec son projet le plus ambitieux à ce jour, sur lequel quatre cinéastes se sont cassé les dents : une adaptation de la licence phare du survival horror, Resident Evil. Si Paul W. S. Anderson, Alexander Witt et Russell Mulcahy (oui oui, le papa de Razorback et Highlander) ont connu des succès au box-office avec l’hexalogie portée par Milla Jovovich entre 2002 et 2016, ces films étaient, au mieux, de sympathiques nanars ; au pire, des bouillies visuelles sans queue ni tête. Johannes Roberts a tenté un reboot (Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City) en 2021 sous l’égide de Constantin Film, propriétaire des droits d’adaptation depuis le premier film, en tentant vainement la fidélité aux deux premiers épisodes. Résultat : un ratage sur toute la ligne qui n’aura convaincu ni la presse ni les fans de la saga vidéoludique.

Pour les 30 ans de la franchise de Capcom, Constantin Film et PlayStation Productions ont donc vu les choses en grand : 80 millions de dollars de budget et un golden boy du cinéma d’horreur pour chapeauter ce reboot. Avec une histoire et des personnages originaux, Zach Cregger n’a pas choisi la voie la plus facile – il suffit de voir la colère des gamers qui gronde sur les réseaux sociaux (à renfort de « not my Resident Evil ! » ou « Where is Leon ? ») – mais en tout cas celle qui lui sied le mieux en tant que cinéaste. Le film se déroule l’espace d’une nuit d’enfer à Raccoon City, alors qu’un virus (probablement le T-Virus des trois premiers jeux, même s’il n’est jamais nommé) transforme la population en créatures parasites et polymorphes (on est plus proche de The Thing que des zombies classiques). Dans tout ce chaos de chair et de sang, un coursier, Bryan (Austin Abrams, inoubliable toxicomane dans Évanouis) doit livrer en urgence un colis important à l’hôpital de Raccoon City.

Avec son format compact (90 minutes), Resident Evil ne connaît aucun répit. Le film est en fait un train fantôme, avec un nouveau monstre et une nouvelle scène de terreur toutes les cinq minutes. Dans son rythme et sa structure, le film évoque le croisement horrifique entre Mad Max Fury Road et After Hours, à rebours des récits à tiroirs des précédents films de Cregger, Barbare et Évanouis. Néanmoins, on retrouve toute la palette stylistique du réalisateur : plans larges et menace qui émerge au loin, surcadrages venant démultiplier la profondeur de champ et suggérer des mondes infinis d’horreur, gore et ton carnavalesque. En cela, la première moitié du film est remarquable et représente ce qu’on a vu de mieux en matière d’horreur cette année : de l’habitacle confortable d’une voiture à une route enneigée au milieu de nulle part, d’une ferme segmentée en lieux plus ou moins resserrés (grange, salon, chambre) et hostiles à la traversée d’un tunnel plongé dans le noir qui aboutit sur une scène d’angoisse dans un camping-car, Cregger fait l’étalage de ses talents de cinéaste, de sa maîtrise de l’espace (champ et hors-champ) et du tempo.

Après un interlude qui fait office de mise en contexte des enjeux du film (et raccorde son histoire à celle des jeux : Umbrella Corporation, les STARS, le virus), la deuxième moitié de Resident Evil reprend la même structure, de manière plus verticale : labyrinthe de rues, égouts, hôpital situé dans une tour. C’est toujours aussi brillant, même si, porté par sa cadence infernale, le film montre des signes d’essoufflement (la séquence bâclée des égouts). Son grand final, qui opère un virage définitif dans la série Z à renfort de CGI outranciers de (bon) mauvais goût, mais aussi une petite pointe de tragédie, laissera son spectateur amer ou comblé. Personnellement, on oscille entre les deux.

Resident Evil est donc un très bon film d’horreur forain, aussi creux que jubilatoire. Un pur film de frousse qui rappelle à bien des égards Evil Dead 2, avec son héros à la Ash embarqué dans un cartoon morbide. Quant à savoir s’il s’agit d’une bonne adaptation du classique du survival horror, le film ne souffre d’aucun débat. C’est même la meilleure adaptation cinématographique d’un jeu vidéo. Zach Cregger a tout compris à Resident Evil. En dehors des easter eggs qui feront sourire les fans hardcore (trousse de soins, sprays, munitions de fusil à pompe, machine à écrire qui fait office de point de sauvegarde dans les jeux), le cinéaste retranscrit à l’écran les idées de gameplay essentielles des jeux : cartographie du level design, loot d’équipement, puzzles, jeu de cache-cache et combats de boss. Cregger pousse même le bouchon un peu trop loin avec ce dernier tiers en-deçà, malédiction de tout jeu Resident Evil qui se respecte. Rien n’indique qu’il rempilera pour un second épisode, quand bien même le film se révèle un carton au box-office mondial. La faute aux fans qui se sont empressés de tuer le film bien avant sa sortie. On lui sait gré d’avoir montré au monde entier que réaliser une bonne adaptation de jeu vidéo, c’est possible.

16 septembre 2026 en salle | 1h 37min | Epouvante-horreur, Science Fiction, Thriller
De Zach Cregger | Par Zach Cregger, Shay Hatten
Avec Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry

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