Oubliez Halloween, on a désormais Summerween !

Un été cinéma (presque) entièrement voué à l’horreur, dont un triplet foufou ? Revenons dessus un instant…

Summer quoi ? Oui oui, SummerWeen, comme HalloWEEN. Une pseudo tendance des ricains déjà nostalgiques du Halloween qui n’est pas encore arrivé, et manifestement dans le déni de la canicule qui va nous servir de couette pour les années à venir. Même les grands magasins se sont mis à installer les déco citrouilles à peine arrivé à la fin du mois de Juin. Une lubie qui semble s’être étendue, et là on s’y attendait moins, aux salles françaises : les distributeurs, par un mystérieux (et imaginaire) commun accord, ont profité des deux mois les plus chauds pour balancer un maximum de films d’horreur. Chaque semaine a vu défiler son film de la semaine comme à l’époque des Jeudis de l’angoisse sur M6 avec un mélange de fond de cuve (Souviens toi l’été dernier, Dracula, Other, The Ritual, La nuit des clowns), de bonnes surprises (The Ugly Stepsister, Dangerous Animals) et trois hits très attendus au tournant : Bring Her Back, Evanouis (aka Weapons) et Together. Trois films si loin… et si proches à la fois.

Premier coup dans les côtes, Bring Her Back (lire la critique ici) confirme tout ce qu’on aimait dans La main des frangins Philippou : un art du malaise et de la rupture de ton, l’alliance du mélo cru et de l’horreur poisseuse, une écriture impitoyable, un goût avéré pour les séquences chocs qui donne envie de twister sur son fauteuil (croquer une table ? Mâcher une lame ? Let’s go)…
L’exploration du trauma et du deuil à toute berzingue ne surprendra pas les plus avertis (on sent les entrelacements avec le premier film en terme d’écriture) mais on se roule ici dans l’effroi comme dans la fange. Sally Hawkins, inattendue, compose un rôle de folle du bus mémorable, pathétique et acharnée, prête au pire pour panser ses plaies béantes. La noirceur s’étend en tartine et noie tout ce qu’elle peut, mais on ne peut s’empêcher d’y déceler une vraie tendresse qui clignote derrière la cruauté apparente : c’est horrible of course, mais on est ni chez Haneke, ni chez Christian Tafdrup. Et c’est là la différence : il en reste comme la sensation persistante d’une caresse avec un couteau. Maso, on en veut plus.

Après un Barbarian inégal et trop plein de déjà vu, Évanouis confirme avec bien plus de sûreté le talent de Zach Cregger. La promo mystère (17 enfants disparus comme par magie dans la nuit) fut une belle carte à jouer pour la Warner : le film explosa le box-office, confirmant après Sinners, une appétence du public pour de vrais films originaux, plus que des resucées ou de compils de quadra fatigués. On a vu naître aussi toutes les spéculations délirantes sur les nombreuses lectures du film : spectre des tueries de masse, symbolisme vidéo-ludique, métaphore des trauma intergénérationnels, peinture de l’Amérique parano d’aujourd’hui… En réalité, Cregger est moins fouillis qu’il n’y paraît, évoque des maux bien plus personnels (le quotidien devenant cauchemar comme dans Parents de Bob Balaban où les monstres dans l’ombre sont en réalité papa et maman), partant d’un trip à la Stephen King avec sa petite ville qui se disloque soudainement, pour aller se cacher sous un drap, comme dans un bon vieux conte de Grimm. On a à nouveau peur du noir et les sorcières sont sorties de leur placard. Son lâcher-prise final, récompense cathartique, sauvage et hilarante, fait partie incontestablement des meilleurs moments de l’année. Et que dire de Tante Gladys, nouvelle icône à l’image de Monstro Elisasue l’année dernière, quelque part entre Freddy Krueger, Grand-mère Yetta de Une nounou d’enfer, la Bette Davis de Baby Jane et les magiciennes de Willow (d’ailleurs cité explicitement au détour d’un plan !)

Egalement salué par la rédaction, Together ne se dégonfle pas, en comparaison des deux autres : il tient son petit pitch tordu de bout en bout (un couple menace de fusionner littéralement après un séjour dans une grotte maudite), et pour un premier long, c’est déjà pas mal. En coupable de cette romance body-horroresque, on pourrait pointer du doigt ses protagonistes peu attachants, qui auraient mieux fait de prendre le large dès le début plutôt que de se forcer à vivre un cosy enfer à deux. Le sourire suffisant de Dave Franco n’aide pas, avouons-le… Difficile de croire que ces deux-là connaîtront l’amour monstre de tous les temps au détour d’une horreur corporelle louvoyant entre frontalité totale (ce fameux plan « anatomique » qu’on est pas prêt d’oublier…) et débordements timides (hormis l’apparition de deux ou trois créatures immondes). La touche queer, avec la présence d’un couple de garçons mal intentionnés, une imagerie très Clive Barker et la pirouette finale ajoutent au plaisir.

Mais sinon quoi de tout ça ? Des corps maltraités, qui en oublient même la douleur, qui fusionnent, se dévorent, se blessent… La thématique en fil rouge de l’année dernière, qui avait pris d’assaut le corps des femmes, continue sa mue. On dit bien que les décennies les plus tourmentées donnent le meilleur cinéma d’horreur… Plus besoin d’aller chercher des démons ou des aliens : la peur frappe aux portes, c’est la famille, le voisin, le conjoint. Le croustillant de l’affaire, c’est de voir ici que tous les maux mènent à l’occulte : on ne prie plus le grand cornu, c’est has-been, alors on invente de nouveaux cultes, de nouveaux symboles (un cercle pour BHB, un triangle dans Weapons, un soleil dans Together), de nouveaux rites (cérémonie nécrophage venue de Russie, mariage païen fusionnel, bonzaï funeste). Un monde sans dessus-dessous qui a vite fait de nous rendre complet parano. Le constat est là : Hérédité a enfin engendré de vrais petits enfants. Il était temps.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!