En 1971, Rotary Connection enregistre I Am the Black Gold of the Sun sur Hey Love, un album de soul psychédélique paru sur le label Cadet. Au centre du morceau, la voix de Minnie Riperton semble flotter au-dessus d’un arrangement signé Charles Stepney, fait de cordes, de chœurs et de changements de textures qui donnent à la chanson une dimension presque cosmique. Le résultat est si parfaitement construit qu’on pourrait se demander pourquoi quelqu’un aurait envie d’y toucher. Mais en 1997, Kenny « Dope » Gonzalez et « Little » Louie Vega décident justement de relever le défi avec Nuyorican Soul, leur projet parallèle à Masters At Work.
Ainsi, sur leur album Nuyorican Soul, ils reprennent le titre avec Jocelyn Brown au chant et conservent une grande partie de la majesté de l’original, tout en lui donnant une pulsation plus proche de la house et du disco. Dans son ensemble, Nuyorican Soul se révèle bien plus qu’un simple projet de reprises. Vega et Gonzalez réunissent autour d’eux des musiciens issus notamment de la Salsoul Orchestra et invitent des figures aussi différentes que Tito Puente, George Benson ou Roy Ayers. Le projet leur permet de revenir vers les musiques qui ont nourri leur culture new-yorkaise (les musiques latines, le jazz, le disco, la soul) tout en les faisant passer par le langage de la house. I Am the Black Gold of the Sun devient ainsi une rencontre particulièrement élégante entre deux époques. Jocelyn Brown ne cherche pas à imiter Minnie Riperton et la reprise reste suffisamment proche de l’original pour en préserver l’âme, mais suffisamment différente pour pouvoir respirer dans le contexte de la house des années 90.
Une nouvelle version vient de Londres, avec une autre génération, celle de Dego et Marc Mac, les deux membres de 4hero, qui sont justement en train de contribuer à faire du drum’n’bass un langage capable d’absorber le jazz, la soul et les textures électroniques. Lorsque Gilles Peterson leur demande de remixer la version de Nuyorican Soul, Marc Mac sait immédiatement qu’il ne veut pas simplement ajouter des breaks à une chanson ancienne. Il cherche d’abord à retrouver la chaleur et la profondeur sonore de l’enregistrement de Rotary Connection, avant de faire basculer progressivement le morceau vers le présent. Ainsi, la rencontre naît de la géographie : la soul psychédélique de Rotary Connection, la house de New York et le futurisme électronique londonien se retrouvent dans une même pièce, sans que l’une ait besoin d’effacer les autres. The Guardian a justement retenu ce remix comme l’un des moments importants de l’histoire de la dance music en 1997.



