En ouvrant son film par quelques plans drôles a priori quelconques, Na Hong-jin énonce d’emblée ce qui constituera son film, comme le reste de sa filmographie : le mouvement. Du travelling le plus léger au déplacement le plus acrobatique, tout est mouvement, énergie : un spectacle d’une rare virtuosité, capable de conjuguer nervosité et clarté comme peu de cinéastes l’ont fait depuis George Miller. Hope répond alors à la question : que donnerait une série B dégénérée dans les mains d’un petit génie de la mise en scène ?
Affranchi des barrières d’un quelconque réalisme, Na Hong-jin décomplexe tous ses effets et plonge dans le slapstick comme dans l’horreur la plus viscérale qui soit, offrant une première heure d’une imprévisibilité et d’une maîtrise sidérantes. Tout peut devenir danger, d’une plaque d’égout au plus proche allié, donnant rapidement l’impression d’assister, au-delà de la panique totale, à une séquence cinématique de jeu vidéo, un spectacle de parc d’attraction où la suspension d’incrédulité rend chaque événement pourtant millimétré source d’une jouissance régressive. Si les créatures antagonistes souffrent certes d’effets numériques parfois grossiers, que l’on imagine peaufinés avant une sortie en salle, leur intérêt majeur réside ailleurs : leur manière de se mouvoir nourrit une frénésie terrifiante, donnant l’impression de créatures dont la physicalité, les mouvements, échappent à la réalité humaine.
C’est pourtant bien elle qui est au centre de tout, Hope convoquant l’imaginaire du western américain, aussi bien par ses espaces ruraux presque fantomatiques que par la musique qui les introduit, série de pizzicati annonçant un calme avant la tempête. C’est alors en le projetant vers l’énergie cacophonique d’un pur film de guerre que le chaos émerge, conduisant jusqu’aux décombres d’une ville qui, en l’espace de quelques minutes, devient un théâtre post-apocalyptique total. Une cacophonie de balles engloutit tout et plonge chacun dans une panique absolue, mêlant âges, genres et appartenances dans l’effondrement d’une civilisation entière, dessinant un spectacle d’action potentiellement infini, puisque la destruction a toujours été là, tapie, et le sera toujours. Nul besoin ici de personnages davantage développés tant il s’agit de regarder le collectif se débattre, celui-là même qui, avant même le point de rupture fantastique, semblait déjà fracturé.
Si l’on ne divulguera rien de la menace qui plane sur les personnages, encore gardée secrète par la promotion du film, il apparaîtra rapidement évident qu’elle tient moins de l’entité étrangère que du miroir tendu à l’humanité. Se rejoue à nos yeux, sans jamais se rendre théorique, l’histoire d’un colonialisme et d’un regard de l’autre qui n’a jamais apporté bien plus que la destruction, et qui mène ici à l’extinction proche, celle d’une espèce incapable de composer collectivement. Tous se tirent dessus sans regarder qui est en face, agissent égoïstement, changeant ce qui apparaît comme un puissant survival horrifique en véritable film de guerre, sans doute le dernier de l’humanité. Dans la pléthore de références convoquées, c’est peut-être celle de Signes, de M. Night Shyamalan, qui est la plus équivoque : il faut apprendre à regarder autrement, communiquer, sans quoi l’humanité n’aura sans doute pas besoin d’une menace alien pour s’engloutir elle-même.
| Avec : Hwang Jung-min, Zo In-sung, Hoyeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander… Scénario : Na Hong-jin Photographie : Hong Kyung-pyo Montage : Kim Sun-min Musique : Michael Abels Production : Na Hong-jin, Saemi Kim, Saerom Kim |


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