Peut-être inspirée par les monstres morts-vivants et vampires qui ont fait ses grandes heures, la Hammer semble ces dernières années jouer le méta, s’éteignant et ressuscitant sans cesse. Après le glacial The Lodge, le studio revient cette fois dans les neiges du Canada du XIXᵉ siècle et de ses mythologies autochtones, alors que, dans un avant-poste ravagé par la famine, une force menaçante semble prête à décimer les humains qui y survivent encore.
Ainsi installé dans des décors naturellement assez époustouflants, Ithaqua trouve dans ces terres enneigées une matière magnifique dès lors qu’il s’agit de les observer dans leur immensité, trouvant dans les séquences nocturnes un contraste entre nuit noire et aplats neigeux créant un quasi noir et blanc du plus bel effet. Si l’élégance règne donc dans la nuit, le jour se montre, lui, nettement plus fade, les jeux de contraste à la bougie laissant place à une image trop plate pour accrocher, le cumul du numérique et d’une surface aussi lisse que la neige menant à un doublon peu séduisant. Très académique et fonctionnelle, la mise en scène montre rapidement ses limites côté dynamisme et lisibilité, les jeux de sautes d’axes et le montage souvent saccadé tendant à perdre toute spatialisation, et donc toute clarté, même dans des instants de dialogues a priori resserrés.
D’une arène prometteuse, Ithaqua laisse alors rapidement la déception d’un objet dont la qualité médium évoque davantage celle d’un épisode de The Walking Dead transposé deux siècles plus tôt, standardisation esthétique comprise. Tout est en réalité histoire d’agencement et de mise en mouvement pour un film qui n’a vraisemblablement qu’un budget de série B, mais qui ne cherche jamais véritablement à en tirer parti, se reposant sur un style plus premium qu’il ne peut assurer. On pense par exemple à ce tas de corps décharnés croisé au milieu d’un campement, image d’abord assez sidérante et organique, mais qui ne mène qu’à un sursaut d’action convenu. Il y a dans cet exemple de quoi décrire finalement toute la frustration du long-métrage, dont le payoff peine à totalement amuser tant on manque de folie dans les idées autant que de clarté dans la réalisation, plongée dans des intérieurs à la pénombre peu lisible.
De ses atours sériels, le film tire tout autant son goût vite lassant du cliffhanger et de la punchline souvent grossière pour conclure ses séquences, entre quelques tropes et archétypes très mécaniques. Si les changements de genre qu’opère le film relancent assez l’attention et la tension, le plaisir n’est que de courte durée, les retournements scénaristiques et les interprétations engourdies (en tournant entre -32 °C et -54 °C, on peut comprendre le résultat) ne convainquant finalement jamais totalement. Tout pour trouver là une série B moyenne et mécanique, ni plus ni moins.
La véritable déception qui fait basculer cette moyenne du mauvais côté se niche alors dans deux promesses non tenues. D’abord, celle d’une créature que le récit fait miroiter de tout son long, promettant l’incursion de figures trop peu vues dans le cinéma horrifique malgré leur potentiel indéniable. On ne peut alors que se sentir floués de voir cette créature n’apparaître véritablement qu’au sein du dernier plan du métrage, comme un énième cliffhanger frustrant, et de n’avoir donc eu à se mettre sous la dent que de simplistes zombies.
Ensuite, et surtout, la promesse d’un cadre narratif à l’histoire forcément chargée, dont on esquisse rapidement la question coloniale avant de malheureusement la laisser s’évaporer en une banale toile de fond. Il y a alors, dans ces protagonistes au langage châtié et aux cabotinages de mâle alpha, le sentiment d’un acte manqué. Se multiplient les échanges où l’on taille le bout de gras autour de leurs faits de guerre passés, signe que ces hommes n’ont que la violence, rien d’autre. Pourtant, jamais cette violence profonde ne fait véritablement sujet ou source d’antagonisme, puisque l’on préférera mettre en avant l’aspect beauf loser de certaines répliques pour en tirer quelques rires. Retour à la partition classique et éculée des bons et mauvais colons, en même temps qu’aux archétypes faciles.
| Avec : Luke Hemsworth, Kevin Durand, Michael Pitt, Craig Lauzon, Leenah Robinson… Scénario : Pascal Trottier, Peter Scott Vicaire, Casey Walker Photographie : Bryn McCashin Montage : James Vandewater Musique : Blitz//Berlin Production : Andrew Bronfman, Jason Ross Jallet, Peter Scott Vicaire, Casey Walker |



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