Nombreux sont les échoués dans l’exercice du plan-séquence unique, geste aussi audacieux qu’il peut être propice à l’esbroufe la plus totale. Déjà prolifique côté horreur, Adam O’Brien tente à son tour le coup, pour raconter la nuit mouvementée d’une infirmière à domicile venue tenir compagnie à une vieille dame atteinte de démence, mais aussi visiblement sous le joug de forces bien plus maléfiques.
Peut-être car conscient des limites de l’exercice entrepris, c’est par un plan débordant de théâtralité que s’ouvre Bury the Devil, assumant dès lors le caractère profondément factice de sa nature, et ce d’un point de vue d’abord esthétique. Des tons intérieurs d’emblée verts et bleus aux éclairs qui percent à cadence régulière à travers chaque fenêtre, on pose alors l’idée d’une maison hantée façon parc d’attraction. L’écueil évacué, ou en tout cas partiellement neutralisé, le plan-séquence séduit d’abord par son tempo assez lent, laissant la place aux gestes dans la durée autant qu’aux dialogues d’une banalité qui plaît parce qu’elle n’en fait pas des caisses, en tout cas peut-être un poil moins qu’à l’accoutumée dans le genre. Outre sa musique assez balourde dans sa façon de souligner artificiellement chaque émotion, le jeu du direct porte donc d’abord ses fruits tant il n’est ici pas un moyen de faire des manières, mais d’être plus brut. Pour un temps du moins.
Les premières minutes passées, on sent poindre une certaine monotonie dans la caméra flottant selon une même énergie ample pour s’attarder sur chaque bibelot, et donc diriger systématiquement le regard, neutralisant de fait l’impression d’expérimenter les choses sur le vif. On s’enfonce alors progressivement, particulièrement lorsque viennent les ennuis, vers un véritable effacement du dispositif. Il n’est vite plus utile, et cherche tous les moyens pour s’affranchir de ses limites et retrouver des motifs de mise en scène plus que classiques. On tente parfois des mouvements de caméra plus amples, mais il faut vite se rendre à l’évidence que l’on finit soit avec le tournis, soit avec l’impression que l’endroit est trop étriqué pour se permettre des folies.
Peu brillant (voire un peu démissionnaire) dans l’exercice donc, Bury the Devil trouve alors pourtant un second souffle, en forme de quasi saut dans le vide dont on se demande parfois s’il est tout à fait conscient. Quitte à se fonder sur un scénario de vieille sénile possédée vu et revu autant que prévisible, où l’on enchaîne les pirouettes pour sauver le huis-clos et les éléments de lore abscons, autant foncer tout droit, quitte à se heurter à des murs. En train fantôme parfaitement assumé comme tel, le long-métrage n’étonnera plus vraiment s’il emprunte des rails tracés et balisés. Tout est de fait parfaitement mécanique : une silhouette qui marche en fond de plan, s’arrête un instant pour se faire remarquer, puis repart à la seconde où la protagoniste se retourne. On ne saurait trouver image plus claire pour décrire le caractère robotique de la peur que déploie Adam O’Brien, sorte de petit circuit aux sursauts évidents, dont il faut pour autant avouer qu’on y trouve un plaisir régressif, à la façon d’un enfant dans une maison hantée de fête foraine.
Le plan-séquence, c’est alors le graal pour assumer tous les tropes les plus grossiers du cinéma d’horreur mainstream contemporain sans même prétendre les maquiller par du montage. Plus osé encore : les indices qui mènent à comprendre le fond du problème démoniaque sont trouvés à la lueur d’une lampe UV laissée en évidence sur un bureau, façon escape game. Sans doute parfois malgré lui, on s’amuse et rit franchement devant le long-métrage, dont le caractère cheap, côté jeu comme côté écriture, perd autant en peur qu’il gagne en caractère attachant, sans jamais virer toutefois au nanar. Non, on est là face à un objet rare, si convaincu de ses effets et sincère dans son exercice, jusque dans le too much le plus net, qu’il amuse forcément, et c’est déjà beaucoup.
| Avec : Emmanuelle Lussier Martinez, Jason Cavalier, Dawn Ford, Mark Antony Krupa… Scénario : Brad Hodson, John Petrizzi Photographie : Benoit Beaulieu Montage : Adam O’Brien Musique : Mario Sévigny Production : Benoit Beaulieu, Philip Kalin-Hajdu |


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