[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] « Mum, I’m Alien Pregnant » de Thunderlips, vraie découverte trash, drôle et hallucinée

Mum, I’m Alien Pregnant : un titre, et tout est dit. Voilà le « pitch à bêtise » de la compétition cette année, doublé d’une promesse de renouer, de par ses origines néo-zélandaises et ses ambitions outrageusement gores et drôles, avec les débuts d’un certain Peter Jackson. Prolongement d’un court-métrage éponyme déjà réalisé par le duo Thunderlips, ce premier long suit Mary, tombée enceinte à la suite d’une rencontre avec un jeune homme doté d’un pénis extraterrestre, et faisant alors face à une grossesse monstrueuse, peu aidée par sa très collante mère.

Avec un tel point de départ, pas besoin de dire que tout tient ici de la débrouille, dont on ne pourra alors qu’admirer les trouvailles de mise en scène toujours malignes dans leur façon d’investir l’espace, découpant bien souvent les séquences en une paire de plans, un simple champ-contrechamp, que montage et interprétations dynamisent alors génialement. Le mot d’ordre est donc à l’efficacité, pourtant toujours rehaussée d’idées plastiques amusantes, du plan mirador sur le pâté de maisons qui accueille le récit, façon d’embrasser l’iconographie factice de ces lieux, aux plans qui capturent l’intégralité d’une séquence dans une supérette par le biais des caméras de surveillance qui guettent le lieu.

Toujours assez simplement mais joliment composée, l’image du long-métrage s’assortit d’un sens de la couleur quasi pop, dans les costumes et character design comme dans certains décors, dont on ne pourra parfois pas s’empêcher de voir, au renfort des thèmes en jeu, quelques élans à la Gregg Araki. C’est en puisant ses racines chez ce metteur en scène davantage que chez Peter Jackson que le film trouve son ton si unique, traitant, à la façon d’un Nowhere qui hypertrophiait les figures du teen movie jusqu’à la quasi-caricature, ses personnages comme ceux d’un dessin animé Cartoon Network détourné pour les adultes. De la jeune Mary en adulescente que l’addiction à la pornographie change en quasi-bête dégoulinante aux deux mères, Karen, dont les accents et mimiques débiles trouvent vite le rire grinçant, tout le monde est ici recouvert d’un vernis de bêtise joyeusement communicative qui ne craint jamais le vulgaire.

Encore davantage que les caricatures absurdes et satiriques ici dessinées, c’est par les interprétations qui les animent que la magie comique opère véritablement, le contretemps permanent des répliques lorgnant quasiment vers le stoner movie et sa rythmique génialement bête. En fonctionnant à la saynète, au sens quasi architectural (une pièce = une séquence), Mum, I’m Alien Pregnant resserre à nouveau le dispositif pour en exhausser la matière précieuse : une science des dialogues et du jeu mordante et caustique, toujours dans la nonchalance.

En parlant de matière, il y a de quoi faire. Outre l’amusant soin apporté à la confection des effets pratiques, c’est par l’absolue liberté de ce qu’ils contiennent que le film brille véritablement, se laissant aller à l’explosion de tous les fluides, lait maternel explosif comme vomi bleu bonbon, autant qu’à la fluidité de corps que l’on déforme et manipule aussi facilement qu’une pâte à modeler. Un ventre qui gonfle d’un coup, un sein qui apparaît magiquement, entre autres choses. C’est alors justement par son refus catégorique de la pudeur que l’effet fonctionne toujours, traité dans une frontalité grasse et sans gêne qui n’épargne rien, laissant souvent le film à la lisière entre hilarité et dégoût, avec un plaisir halluciné de voir là un objet doucement amoral, et de fait assez inédit.

Ne s’inscrit en faux qu’un dernier tiers dont la quête d’une ampleur plus sérieuse tend à faire perdre l’énergie primaire de l’absurde, par un ton plus commun et des idées comiques plus attendues, quoique le tout reste efficace. On retrouvera bien assez vite, dans le climax aux airs de Stranger Things gonflé au sexe et au grotesque, ce plaisir de ne plus vraiment savoir à quoi on assiste véritablement. Ce n’est donc que lorsqu’il laisse la gravité de son récit devenir dominante que Mum, I’m Alien Pregnant balbutie, en contraste avec une balance fine des tons le reste du temps. Si les ruptures comiques dans le sérieux touchent souvent juste, c’est dans le mouvement inverse que le long-métrage trouve son véritable sens, la matière qui dégouline, particulièrement chez Mary, étant autant source d’un rire gras que de la conscience, tôt ou tard, de l’enfer de la grossesse.

« Pourquoi est-ce que cela doit être aussi humiliant ? » hurle finalement Mary, assaillie par l’inconscience pro-life de sa mère comme par la violence objectivante de ses interlocuteurs médecins. Les quelques tentatives d’avortement maison que tentera le personnage ne pourront alors, au milieu des rires, que percer d’une violence qui ne s’arrête pas à la douleur physique, mais souligne l’absence d’écoute d’une jeunesse désœuvrée et en besoin d’aide, particulièrement dans ces cas. C’est justement là, au milieu du chaos général de la satire, que Mum, I’m Alien Pregnant s’élève vers un regard sur le choc des générations étonnamment précis, particulièrement sur la démystification de la sexualité et le non-désir d’enfants, mais aussi sur le regard porté sur le corps d’autrui, entre métaphore de neuroatypie et d’intersexualité. Là, l’élève dépasse le maître Gregg Araki et la confusion thématique de son dernier film, pour l’une des propositions les plus drôles et étonnamment justes vues récemment sur la jeunesse.

Avec : Hannah Lynch, Yvette Parsons, Arlo Green, Jackie van Beek…
Scénario : Jordan Mark Windsor
Photographie : Bayley Broome-Peake
Montage : Thunderlips
Musique : Dream Chambers
Production : Ilai Amar, Morgan Leigh Stewart, Alix Whittaker

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