« Denshattack! » : Trans-Japan Express

Vous rêvez de partir au Japon comme tous vos amis qui s’affichent sur les réseaux sociaux dans les vieux quartiers de Kyoto ou dans les salles d’arcade de Shinjuku à Tokyo. Comme beaucoup, vous êtes allés voir le prix du billet d’avion et vous avez frôlé la crise cardiaque. Coup de bol, le studio de développement de jeux barcelonais Undercoders a pensé à vous et a sorti en plein cœur du mois de juillet 2026 son plus gros projet à ce jour : Denshattack!

Édité par Fireshine Games, ce jeu complètement tchou propulse le joueur dans un Japon post-apocalyptique, dévasté par une crise climatique (ça vous rappelle quelque chose ?) et plus précisément dans la peau d’Emi, une livreuse de ramen de Kyushu… en train. Emi vit, comme beaucoup de survivants, dans les ruines et décombres de l’ancien Japon, tandis que les plus riches sont cloîtrés dans des villes-dômes construites par la mégacorporation Miraido, qui a, au passage, le monopole des rails du pays avec son train supersonique. Peu reluisant, jusqu’ici, ce voyage virtuel au pays du Soleil-Levant, me direz-vous. C’était sans compter sur l’intervention de Fernando, photographe en herbe, qui, devant les prouesses d’Emi sur les rails abandonnés, lui propose de participer au Denshattack, une compétition de trains dans laquelle s’affrontent des gangs dans tout le Japon. Armée de son enthousiasme et de sa locomotive bas de gamme, Emi remonte les rails de tout l’archipel jusqu’à son île septentrionale, Hokkaido, où siège Miraido.

Denshattack, kézako ? C’est une discipline complètement loufoque, pour ne pas dire whatthefuckesque, qui combine courses sur rails, emboutissages d’adversaires et tricks. On la doit au créateur du jeu, David Jaumandreu, qui en a eu l’idée en jouant avec des petits trains miniatures japonais et qui la définit ainsi : « Tony Hawk, mais vous êtes un train ». Ce dernier, en plus d’être un illustre skater, a aussi donné son nom à une série de jeux vidéo cultes de l’époque PlayStation/PlayStation 2, Tony Hawk Pro Skater, qui n’avait de pro que le nom tant ces productions revendiquaient un esprit plus arcade que réaliste. Comprenez donc que dans Denshattack!, la planche, c’est le train, qui peut sauter, faire des ollies, des flips et autres figures issues du skate, lancé à toute vitesse sur des rails. Chaque trick offre un certain nombre de points, qu’il est possible de cumuler en réalisant des combos. Certaines figures, réalisées à l’aide du joystick, demandent une plus grande dextérité et améliorent de manière exponentielle le score. Plus les tricks sont osés, plus les risques sont grands, et chaque sortie de rails s’accompagne d’une perte des points cumulés dans le combo.

Le joueur baroudeur peut très bien s’en passer ; néanmoins, chaque niveau comporte sa liste d’objectifs, dont l’inévitable high score à atteindre, mais également un chrono, des missions secondaires (klaxonner à tel endroit, faire tel trick, percuter tel décor) ou encore le défi de terminer le niveau sans « chute ». L’accomplissement de ces différentes tâches offre une médaille au joueur (bronze, argent ou or) et une « monnaie » pour débloquer des locomotives spéciales (avec un système de bonus/malus), des skins différents pour les trains ou des éléments de lore compilés par Fernando dans son fanzine. À l’image de son modèle, la rejouabilité est immense et le challenge relevé.

Cependant, avec son style en cel-shading, son scénario dystopique et punk (la compétition de trains se mue peu à peu en révolution contre Miraido) et sa dimension fun et arcade, Denshattack! joue plutôt sur les plates-bandes d’un autre titre culte du début des années 2000 : Jet Set Radio, sorti sur feu la Dreamcast. Ce jeu de roller de Sega, qui se déroulait dans un Tokyo futuriste, racontait peu ou prou la même histoire et proposait aussi une variété de challenges sur fond de musique très années 90 (J-pop, hip-hop, acid jazz et techno). Pour éviter toute redite, les développeurs d’Undercoders ont utilisé la même recette. Chaque zone ou région se compose de niveaux classiques (aller d’un point A à un point B), de courses avec des concurrents (terminer premier), de concours de tricks (atteindre un score déterminé), de niveaux pseudo-ouverts (atteindre différents objectifs) et de combats de boss (tous épiques et mémorables, revisitant de la pop culture ou de l’histoire japonaise, mention spéciale à Suzuna Sei et son duel façon Dance Dance Revolution).

De plus, au fur et à mesure qu’Emi voyage à travers le Japon et rencontre les différents gangs, elle acquiert des techniques à maîtriser qui sont autant de nouvelles idées de game design : débloquer des rails arc-en-ciel après avoir rempli une jauge de tricks ; rouler dans des pipes ou des half-pipes ; utiliser un grappin pour se suspendre à des rails aériens ; « voler » dans des couloirs aériens ; utiliser un aimant pour s’accrocher à des rails… Plus le joueur approche de la fin, plus il sera amené à utiliser ses différentes techniques cumulées au sein des mêmes niveaux. On ne s’ennuie jamais dans Denshattack!

À seulement 20 euros et disponible sur tous les supports du marché (PC, PlayStation, Xbox, Nintendo Switch 2), cette pépite, sommet d’orfèvrerie vidéoludique, fait la nique aux gros AAA/AA sans âme qui débarquent chaque semaine. Comptez 20 à 30 heures pour venir à bout du 100 % (et un final cosmique inattendu), c’est dire si l’ambition de Denshattack! est grande, qui se permet en plus d’afficher un casting 5 étoiles pour son excellente bande-son : Richard Jacques (Jet Set Radio), Tee Lopes (Sonic Mania) ou encore Shoji Meguro (Persona 5).

Plus besoin de partir au Japon, vous pouvez encore annuler votre billet. Denshattack! vous emmène à bord d’un Shinkansen hors norme (nul besoin de JR Pass) de Fukuoka à Sapporo, en passant par Hiroshima, Osaka, Kyoto et Tokyo. Jaumandreu et son équipe ont bien travaillé leur géographie et leur culture générale japonaise. Tout y passe : les torii et temples de Kyoto, le canal de Dotonbori à Osaka, le Bouddha géant de Kamakura, Shirakawa-go et ses maisons traditionnelles, la tour de Tokyo, les divas J-pop, les kaijus, yakuzas ou yokai. Même les puristes y trouveront leur compte. Embarquez pour Denshattack!, c’est de la graine de GOTY !

@chaosreignfr Notre journaliste jeu vidéo partage son coup de coeur pour "Denshattack" #denshattack #jeuvideo #jeuvideo🎮🎮 ♬ son original – CHAOS

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