[ÉTRANGE FESTIVAL 2026] Les 10 séances à ne pas manquer

Que voir à L’Étrange Festival, qui se déroulera du 1ᵉʳ au 12 septembre 2026 au Forum des images ? On a envie de répondre : TOUT. Mais comme ce ne sera humainement pas possible, voici dix séances (enfin, 11) qu’il ne faut absolument pas louper pour cette 32ᵉ édition.

L’autre de Robert Mulligan
Après To Kill a Mockingbird, Robert Mulligan et le producteur Alan J. Pakula mettent fin en 1969 à leur collaboration. Alors que Pakula se tourne vers les thrillers paranoïaques, Mulligan ouvre les années 1970 avec le succès nostalgique Summer of ’42. Avec L’autre (The Other), il poursuit son exploration de l’Amérique ordinaire à travers le regard de l’enfance. Le film se déroule durant l’été 1935, dans une ferme du Connecticut en apparence idyllique. Mais une série d’accidents macabres frappe la famille Perry et ses voisins, tandis que plane le traumatisme de la Grande Dépression. Au centre du récit, les jumeaux de dix ans Niles et Holland sont interprétés par les véritables jumeaux Chris et Martin Udvarnoky. Influencé par leur grand-mère russe, Niles se croit doté de pouvoirs psychiques et d’une capacité particulière à ressentir les autres. Adapté du roman de Thomas Tryon, le film distille progressivement ses révélations avec une grande subtilité. La mise en scène atmosphérique de Mulligan, le travail de Robert Surtees et le montage entretiennent une inquiétude sourde. Peu remarqué à sa sortie, L’autre est depuis devenu un film inoubliable, annonçant la vague de films d’horreur centrés sur des enfants inquiétants.
Séance
02/09 • 14h45 • Salle 300

Crumb de Terry Zwigoff
C’est devenu avec le temps un classique très attachant du cinéma documentaire. Le film propose à la fois un portrait de Robert Crumb, une réflexion sur son art et une étude de sa famille et de ses obsessions. Zwigoff, réalisateur du futur Ghost World et proche de Crumb, a tourné le film pendant six ans avant de consacrer trois années au montage. Le documentaire a aussi profondément contribué à faire connaître Crumb auprès du grand public, alors qu’il était auparavant une figure surtout associée à la culture underground. Zwigoff montre également l’influence de sa famille, notamment celle de son frère Charles, dont le destin tragique constitue un sombre contrepoint à celui de Robert. Les trois frères ont grandi dans un environnement familial violent et se sont réfugiés dans la création de bandes dessinées, donnant libre cours à leurs obsessions. Découvrez-le, vous allez adorer ça.
Séance
02/09 • 19h15 • Salle 100

Buddy de Casper Kelly
Casper Kelly transforme les codes familiers des programmes pour enfants en un film d’horreur joyeusement malsain. Tout commence comme une émission des années 1990, avec chansons, enfants, mascotte géante et objets parlants dans un univers coloré. Mais l’apparente innocuité disparaît lorsqu’un enfant refuse d’obéir à Buddy, avant de disparaître mystérieusement. Freddy découvre alors des traces de sang et comprend que le gentil animateur est en réalité un dangereux meurtrier. Elle entraîne deux autres survivants hors de la maison de Buddy, vers le mystérieux monde de Diamond City. En parallèle, Grace, une mère de famille, commence à douter de ses propres souvenirs et soupçonne l’émission d’être liée à la disparition de son enfant. Le film multiplie les références à l’histoire de la télévision jeunesse tout en assumant un humour gore et absurde. Keegan-Michael Key compose un Buddy particulièrement inquiétant, mascotte souriante devenue tyran qui exige l’amour et l’obéissance des enfants. Au-delà du pastiche, Buddy devient ainsi une réflexion décalée sur l’enfance, la nostalgie et le moment où l’on commence à remettre en question les univers qui nous ont façonnés.
Séances
05/09 • 19h00 • Salle 500
08/09 • 19h30 • Salle 300

Turgaud d’Adilkhan Yerzhanov
L’étrange festival ne serait pas l’étrange festival sans sa séance de Yerzhanov! Après son très inquiétant Cadet, le réalisateur propose ce nouveau long métrage qui plonge dans une province fictive dominée par la criminalité et la corruption. Bek, un garde du corps taciturne et compétent, est chargé de protéger Baylat, un gangster devenu candidat à une fonction politique. Face à lui, une tueuse à gages accompagnée d’un enfant cherche à éliminer Baylat. Le film transforme progressivement les codes du film d’action en une comédie noire où la violence côtoie constamment l’absurde. Yerzhanov privilégie les silences, les regards et les temps morts, laissant à Berik Aitzhanov le soin de faire passer les états d’âme de son personnage. La brutalité est régulièrement accompagnée d’une musique ou d’un commentaire sarcastique, accentuant le caractère dérisoire de ce petit monde criminel. Derrière son cynisme, le film interroge surtout la possibilité de rester moral lorsqu’on travaille au service d’un pouvoir corrompu. Entre farce sanglante, film de gangsters et réflexion désabusée sur la violence et l’autorité, il n’est pas interdit de s’amuser.
Séances
01/09 • 21h15 • Salle 100
06/09 • 16h30 • Salle 300

L’oiseau bariolé de Václav Marhoul
Une fresque monochrome et éprouvante sur l’horreur de la guerre en Pologne occupée. Le film suit un jeune garçon juif séparé de ses parents, déportés dans les camps, et contraint de traverser un monde ravagé par la violence et l’antisémitisme. Muet pendant presque tout le récit, l’enfant devient le témoin impuissant d’une succession de sévices, de viols, de mutilations et de cruautés. Après la mort de la femme qui l’héberge, il erre de foyer en foyer et rencontre aussi bien la brutalité que de rares figures capables de lui témoigner de la bonté. Harvey Keitel, Stellan Skarsgård, Barry Pepper et le regretté Udo Kier incarnent notamment certains de ces personnages, au milieu d’une galerie de figures inquiétantes. Le titre renvoie à un oiseau dont les ailes sont peintes avant d’être relâché parmi les siens, qui l’attaquent jusqu’à sa mort. Cette parabole devient l’image du garçon, rejeté comme un étranger et transformé en réceptacle des peurs et de la haine qui traversent le pays. Marhoul adopte le regard d’un enfant pour rendre l’horreur immédiate et presque irréelle à la manière de Requiem pour un massacre. Une expérience radicale et dérangeante, dont la beauté glaciale transforme le récit de guerre en véritable cauchemar éveillé.
Séances
07/09 • 15h15 • Salle 500
12/09 • 17h30 • Salle 100

Wanda de Barbara Loden
Barbara Loden connaît une trajectoire digne d’un scénario : enfance pauvre, mannequinat, télévision puis succès à Hollywood. Épouse du cinéaste Elia Kazan, elle écrit, réalise et interprète en 1970 Wanda, son unique long métrage. Le film s’inspire de son propre vécu et de celui d’une femme condamnée pour avoir participé à un braquage. Loden y incarne Wanda, une femme effacée qui abandonne sa famille et erre dans une Amérique marginale. Tourné dans un style proche du cinéma-vérité, le film privilégie une mise en scène brute et une grande authenticité. Loden meurt en 1980, à seulement 48 ans. Et la réputation de son coup d’essai grandit ensuite grâce à des cinéastes et critiques qui voient en Wanda un classique du cinéma indépendant américain. En 2007, ses bobines originales sont miraculeusement retrouvées avant leur destruction, permettant une restauration qui consacre enfin son importance.
Séance
08/09 • 17h15 • Salle 300

Dementia de John Parker + Twin Peaks: The Return – Episode 8 – « T’as du feu ? » de David Lynch
Séance
Double programme indispensable de cette nouvelle édition. D’un côté, Dementia, un formidable hybride de film d’horreur, de film noir et de cinéma expérimental. Entièrement dépourvu de dialogues, le film adopte une forme expressionniste et une narration onirique profondément déroutante.
Son héroïne erre la nuit dans une ville peuplée d’hommes anonymes qui la poursuivent et la menacent. Inspiré d’un rêve de la secrétaire de Parker, Adrienne Barrett, le film lui confie le rôle principal. Sa photographie en noir et blanc, son clair-obscur et ses décors urbains le rapprochent du film noir. Mais Parker s’en éloigne rapidement pour privilégier une logique psychosexuelle, faite de cauchemars et d’associations libres. De l’autre, est-ce nécessaire de le présenter ? Le huitième épisode de Twin Peaks: The Return marque un spectaculaire virage expérimental dans la série de David Lynch. Après la tentative d’assassinat de Dark Cooper, d’étranges êtres surgissent et semblent liés à une forme d’horreur profondément humaine. L’épisode remonte ensuite au premier essai nucléaire de Trinity, en 1945, dans une séquence apocalyptique et hallucinatoire. L’explosion devient la matrice d’un chaos où se mêlent images abstraites, insectes, lumières, sons et phénomènes défiant les lois naturelles. La musique de Krzysztof Penderecki renforce cette sensation de cauchemar cosmique et de désordre absolu. Les mystérieux Woodsmen apparaissent alors comme des créatures nées de cette catastrophe plutôt que comme des forces maléfiques venues d’un autre monde. L’épisode suggère ainsi que le mal de Twin Peaks, incarné notamment par Bob, pourrait être une création humaine. Cette idée prolonge la réflexion de la série sur la violence, la corruption et la capacité de l’humanité à libérer ses propres démons. En parallèle, Laura Palmer apparaît sous la forme d’une sphère dorée, comme une force opposée destinée à revenir sur Terre. Avec cet épisode radical, Lynch abandonne presque totalement les repères narratifs habituels pour explorer une origine cosmique et métaphysique du mal. Voir pareille merveille dans une salle de cinéma tient de la concrétisation d’un fantasme du cinéphile chaos.
09/09 • 21h30 • Salle 500

Roma Elastica de Bertrand Mandico
Le nouveau Mandichaos, et « nouveau » dans tous les sens du terme. Le film suit Eddie, une actrice de films d’horreur en fin de carrière, incarnée par Marion Cotillard, qui se sait condamnée par une tumeur au cerveau. Accompagnée de son assistante (Noémie Merlant, très à l’aise), elle part à Rome pour tourner ce qu’elle espère être son dernier grand film. Mandico transforme ce récit en un vaste jeu de références, mêlant horreur, cinéma bis, Fellini, Fulci, Eraserhead et mythologie du cinéma italien. Les décors artificiels, les projections arrière, les maquillages grotesques et les acteurs au jeu outré composent un univers volontairement théâtral et irréel. Les décors romains et le passage par Cinecittà ajoutent une dimension réflexive à ce portrait d’une actrice confrontée à la mort et à l’éternité du cinéma dans ce film aux allures de purgatoire où le cinéma se transforme sous nos yeux en matière fantasmatique.
Séance
10/09 • 20h30 • Salle 300

Lunettes rouges de Mamoru Oshii
Une drôle de dystopie absurde qui mêle autoritarisme, film noir, comédie et esthétique proche de l’animation. L’action se déroule dans un Japon transformé en État policier militarisé, où les Kerberos Panzer Cops imposent leur loi avec une extrême brutalité. Après l’effondrement de cette unité, Koichi Todome revient trois ans plus tard dans un Tokyo méconnaissable à la recherche de ses anciens compagnons. La ville devient progressivement un labyrinthe kafkaïen peuplé de fonctionnaires, de criminels et de personnages aux comportements absurdes. Oshii mélange volontairement la noirceur de la dystopie et des ruptures comiques, notamment à travers un humour slapstick souvent grotesque. Cette instabilité de ton, qui déconcerta à l’époque, participe pourtant pleinement à la logique démente du film. L’exagération des personnages, des situations et de la mise en scène traduit l’état mental d’un homme hanté par la violence qu’il a lui-même contribué à exercer. Le film fait ainsi de la ville une projection du traumatisme de Koichi et de la culpabilité collective liée à son passé fasciste. Longtemps considéré comme un échec, The Red Spectacles est aujourd’hui redécouvert comme une œuvre singulière et provocatrice, dont l’absurde vision de l’autoritarisme conserve une étonnante actualité.
Séances
09/09 • 16h00 • Salle 500
12/09 • 16h00 • Salle 300

Rozz Williams: Romeo’s Distress + Pig
La séance sulfureuse de cette nouvelle édition. À savoir Pig, objet salement underground réalisé par Nico B avec Rozz Williams en 1988. Un court métrage expérimental d’environ 21 minutes, longtemps difficile à trouver. Tourné en noir et blanc et sans dialogues, il suit un jeune homme enlevé dans le désert par un tortionnaire portant un masque de cochon. La victime est soumise à des sévices tandis que réalité et hallucinations finissent par se confondre. Le film privilégie une logique surréaliste et cauchemardesque plutôt qu’un récit traditionnel ou une intrigue clairement identifiable. Son esthétique repose sur des collages, des images religieuses et des références au nazisme, dans une atmosphère proche du cinéma industriel et expérimental. Les décors et accessoires, largement conçus par Rozz Williams, prolongent son travail artistique et donnent au film l’apparence d’un collage vivant. La violence sadomasochiste et les motifs de torture sont filmés de manière frontale, renforçant son caractère radical et dérangeant. Dernière œuvre à laquelle Rozz Williams participe avant sa mort en 1998, Pig se veut aussi un prolongement de son univers artistique et musical.
Séances
07/09 • 21h45 • Salle 300
12/09 • 21h15 • Salle 300

Allez, un onzième, parce qu’il est irrésistible : Morse de Tomas Alfredson
Un film de vampires qu’on aime d’amour, qui mêle horreur macabre, récit d’adolescence et romantisme fou. Dans une banlieue enneigée de Stockholm, Oskar, un garçon de douze ans victime de harcèlement, rencontre Eli, une mystérieuse nouvelle voisine. Elle se révèle une vampire éternelle dont le compagnon, Håkan, assassine des jeunes hommes pour lui procurer du sang. La relation entre Oskar et Eli devient progressivement une histoire d’amour étrange, fondée sur la solitude, la violence et la nécessité de se protéger mutuellement. Alfredson oppose la froideur réaliste de la banlieue à des scènes de violence et d’horreur sciemment grotesques. Entre mélancolie, étrangeté et brutalité, cette magnifique adaptation du roman Let the Right One In renouvelle ainsi le film de vampire en le transformant en conte amoureux sur la solitude et la violence adolescente. Et rien qu’en repensant à la fameuse scène de la piscine, on a des frissons…
Séance
05/09 • 18h45 • Salle 300

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