[L’HOMME QUI A VOLÉ LE SOLEIL] Kazuhiko Hasegawa, 1979

À la fois thriller, film d’action, satire politique et comédie absurde, The Man Who Stole the Sun (Kazuhiko Hasegawa, 1979) raconte l’histoire d’un professeur de sciences, Kido, qui fabrique une bombe atomique artisanale et décide de s’en servir pour imposer ses propres exigences au gouvernement japonais. Mais derrière cette prémisse délirante se cache une réflexion beaucoup plus sombre sur le pouvoir, la jeunesse et la fascination pour la violence. Le film oppose deux personnages qui représentent presque deux générations du Japon. Kido, jeune professeur aux cheveux longs, incarne la rébellion, l’individualisme et une culture populaire qui rejette l’autorité. Face à lui, l’inspecteur Yamashita représente l’ordre, la discipline et une génération plus traditionnelle. Leur affrontement est donc autant idéologique que physique. Au départ, le spectateur est naturellement attiré par Kido, personnage fantasque et imprévisible, tandis que Yamashita paraît rigide et antipathique. Mais progressivement, cette sympathie s’inverse.

La bombe devient alors une métaphore du pouvoir absolu. Les premières exigences de Kido sont presque ridicules : il veut notamment modifier les horaires de diffusion des matchs de baseball ou obtenir un concert des Rolling Stones. Mais une fois qu’il possède le pouvoir de destruction, ses demandes deviennent de plus en plus dangereuses. La bombe finit par devenir son unique raison d’exister. Hasegawa montre ainsi comment le pouvoir ne se contente pas de corrompre celui qui le possède : il finit par remplacer entièrement son identité. L’originalité du film réside surtout dans son ton. Hasegawa passe brutalement du réalisme au burlesque, du cinéma expérimental au grand spectacle, avec des poursuites, des explosions, des déguisements absurdes et des scènes presque cartoonesques. Pourtant, cette extravagance n’annule jamais la gravité du sujet. Au contraire, le contraste rend la violence nucléaire encore plus inquiétante. Plus Kido s’enfonce dans sa folie, plus le film abandonne progressivement son humour pour montrer les conséquences réelles de ses actes.

La radiation constitue justement le point de bascule. Kido ne possède pas seulement une arme capable de détruire les autres : il est lui-même condamné par l’objet qu’il vénère. Son corps se dégrade tandis que son esprit devient de plus en plus violent. La bombe agit donc comme une maladie qui contamine simultanément le corps, la pensée et la société. Cette dimension donne au film une portée politique étonnamment actuelle. Hasegawa ne critique pas uniquement l’arme nucléaire, mais aussi la fascination collective pour les figures rebelles et spectaculaires. Kido est d’abord séduisant parce qu’il refuse les règles et transforme la société en terrain de jeu. Mais cette fascination finit par révéler son propre danger : lorsqu’une culture valorise constamment le rebelle au détriment de toute responsabilité, elle peut finir par célébrer ceux qui possèdent le pouvoir de la détruire.

Avec ses deux heures et demie, The Man Who Stole the Sun est certainement excessif et parfois inégal. Son mélange de tons peut dérouter, mais il transforme une histoire de bombe atomique en spectacle délirant tout en conservant une véritable puissance tragique. Au bout du compte, le film commence comme une fantaisie anarchique et se termine comme un cauchemar nucléaire. Le véritable sujet n’est pas seulement l’homme qui vole le soleil, mais une société fascinée par ceux qui prétendent pouvoir s’en emparer. Et lorsque le jeu cesse d’être un jeu, il ne reste plus qu’une question terrifiante : que fait-on lorsque le pouvoir de tout détruire est devenu le seul sens de notre existence ?

Date de sortie initiale : 6 octobre 1979
Réalisateur : Kazuhiko Hasegawa
Société de production : Kitty Films
Durée : 2h 27m
D’après l’œuvre originale de Leonard Schrader

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