Avec Sitcom, son premier long métrage, François Ozon transpose à la comédie noire et provocatrice l’esprit de ses courts métrages, après s’être notamment fait remarquer avec Regarde la mer. Le film s’ouvre sur une famille bourgeoise apparemment parfaitement ordinaire, dont l’équilibre vole progressivement en éclats après l’arrivée d’un rat de laboratoire. Le jeune Nicolas annonce son homosexualité, sa sœur Sophie se jette par la fenêtre, tandis que les membres de la famille sombrent peu à peu dans une succession de comportements sexuels et de transgressions. La situation dégénère jusqu’à un faux dénouement sanglant, avant de basculer dans l’absurde et l’horreur fantastique. L’intérêt de Sitcom réside moins dans cette succession de provocations que dans la manière dont Ozon détourne les codes de la satire familiale. Le cinéaste revendique des influences aussi diverses que Luis Buñuel, Joe Orton, Pedro Almodóvar et John Waters. Le film s’inscrit ainsi dans une longue tradition française de mise à mal des conventions bourgeoises, tout en entraînant cette tradition sur un terrain ouvertement queer. Ozon prend une famille modèle (père placide, mère attentionnée, fils studieux et fille artiste) et entreprend méthodiquement de renverser chacun de ses rapports. La sexualité devient alors le principal instrument de cette décomposition. La structure du film évoque celle d’une sitcom, avec des épisodes successifs faisant exploser l’ordre familial avant de rétablir provisoirement une nouvelle normalité. Le rat constitue l’élément le plus intrigant du dispositif. Filmé en gros plans et à travers les barreaux de sa cage, il semble observer les humains comme s’il était lui-même le véritable expérimentateur du récit. Ozon ne confirme toutefois jamais qu’il est responsable de la libération des désirs de la famille, laissant cette interprétation à l’imagination du spectateur. Visuellement, le cinéaste adopte une mise en scène volontairement froide et apparemment banale, dans la lignée du Buñuel tardif. Les décors prennent également une place presque autonome, comme chez Almodóvar, qu’il s’agisse du papier peint représentant une île déserte ou d’un mur aux rayures colorées envahissant soudain le cadre. Porté par une distribution particulièrement convaincante, notamment Evelyne Dandry et les frère et sœur Marina et Adrien de Van, Sitcom révèle surtout un cinéaste déjà sûr de son style. Une première réalisation qui affirme une volonté de transgression et un goût du détournement qui deviendront des marques de fabrique du cinéma d’Ozon.
Voir cette publication sur Instagram



