Pour convaincre Matthew McConaughey de revenir au cinéma après six ans d’absence, il fallait lui proposer un projet particulièrement motivant, et il faut croire qu’Andrew Patterson, auteur multiprimé de The vast of night (2019) a su le convaincre avec ce thriller rural qui mélange allègrement les genres et offre à l’acteur un rôle qui lui va comme un gant. Le titre laisse supposer une sensibilité régionale forte, et c’est le cas, mais d’une façon qui décalamine les clichés et préjugés attachés au sud profond, pour retenir un tableau humainement truculent et contrasté, pour le pire parfois, mais aussi pour le meilleur. Matthew McConaughey joue Amziah King, un apiculteur bon vivant dont les ruches suscitent des convoitises inattendues (mais rien dans le film n’est prévisible). Quelques séquences à la fois lyriques et documentaires montrent que l’exploitation des abeilles est une activité difficile parce que technique, mais qu’elle apporte des satisfactions qui justifient qu’on se prenne de passion pour elle. Elle peut être aussi très profitable, d’où les déboires de King avec des margoulins qui, parce qu’il refuse de leur vendre ses ruches, les lui volent carrément.
Ce qui ne passe pas avec Kateri (Angelina LookinGlass, une révélation), la fille adoptive de King récemment revenue après une longue absence. Déterminée à récupérer le bien de King, à la suite d’un coup de théâtre brutal, elle met à jour un système de magouilles qui mène à un gangster local (Kurt Russell), lequel a monopolisé les richesses de la région au point de devenir quasi intouchable. Là encore, rien de ce qui arrive n’est prévisible, mais il y a quelque chose de naturel, parce qu’aléatoire et chaotique, dans la façon dont le scénario dispense les surprises. Mais il n’y a rien de conventionnel pour autant, ne serait-ce que dans les moyens utilisés par les uns et les autres pour s’entraider ou défendre leurs intérêts. Ce que fait Kateri avec les meilleures intentions du monde est parfois choquant, même si on a envie d’applaudir. Lorsque la loi n’est pas adaptée, il faut parfois savoir la contourner.
Dès son premier film, Andrew Patterson avait manifesté un penchant prononcé pour la fiction (en l’occurrence, un récit de SF paranoïaque situé au Nouveau-Mexique dans les années 50), et une capacité à trouver le langage cinématographique le plus adapté pour créer aussi bien des ambiances que des liens unissant une communauté. Les mêmes qualités sont largement confirmées ici, Patterson utilisant les plans-séquences pour capter en détail les éléments particuliers nécessaires à l’élaboration de tableaux complexes. L’extraordinaire début du film est exemplaire de ce point de vue, la caméra nous introduisant de façon directe et dynamique au milieu d’une fête où convergent un par un les membres d’un groupe de bluegrass à l’énergie contagieuse (incidemment, Amziah King et ses amis). Un autre exemple arrive à l’occasion d’un potluck, sorte de kermesse de village où chacun participe en apportant un plat de sa composition. King fait alors le tour du buffet, expliquant à Kateri la composition de chaque plat et qui en est l’auteur, le tout assorti d’anecdotes multiples. Les ambiances varient tout comme le récit qui contient des éléments d’enquête, de conte folklorique, de documentaire, de polar sans policier (le shérif local apparaît le plus souvent pour déclarer qu’il ne peut pas intervenir), sans oublier le western contemporain (ici, voler un pick-up est aussi impardonnable que voler un cheval au XIXᵉ siècle). Le mélange peut paraître hétéroclite mais le résultat est exaltant. La sensibilité americana et l’intensité dramatique font penser à Jeff Nichols ou Jeremy Saulnier, mais Patterson a une voix distincte qui donne plus qu’envie d’en entendre davantage à l’avenir.
19 août 2026 en salle | 2h 10min | Drame, ThrillerDe Andrew Patterson | Par James Montague Avec Matthew McConaughey, Angelina LookingGlass, Kurt Russell Titre original The Rivals of Amziah King |
19 août 2026 en salle | 2h 10min | Drame, Thriller


